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Réveil mai 2014

« Non ! » Un non clair et direct, mûrement sous-pesé et affiché laisse sans voix. Il dit beaucoup de choses ce non : le droit d’aller contre, signifier son rapport personnel à la vie et à la mort, exprimer une peur, la volonté d’actionner le levier de l’ultime liberté et le droit de renoncer.
Entendre ce « non » ferme, parfois définitif, dérange, sachant qu’immédiatement, on le rattache au droit de mourir, alors que tous les droits sont articulés autour d’un seul : celui de vivre.
Quelle qu’en soit la raison, idéologique, psychologique, financière, elle met en jeu le relationnel, la confiance qui lie le patient à son médecin.
Comment entendre ce « non » ? Spontanément, quand on s’adresse à l’autre, on imagine que les paroles échangées sont univoques, voire grâce au dialogue engagé, que l’on sait ce que l’autre dit et pourquoi il le dit. Des évidences parfois trompeuses et dangereuses, lorsque l’autre est un étranger à soi, de surcroît fragilisé par la timidité, la douleur, la fatigue, les enjeux de pouvoir, la peur de décevoir…
Dire dit bien quelque chose de celui qui parle en même temps qu’il sert souvent à cacher ce qu’il attend vraiment. D’autre part, celui qui sait ce qu’il veut sait-il ce qu’il voudra demain ? A vouloir graver dans le marbre une parole décisive venue d’un autre, on fige son temps. On l’enferme dans un espace clos, duquel il ne peut plus revenir en arrière, ni s’échapper ; alors qu’à côté de cela, biologiquement, l’érosion de sa maladie, du temps qui passe, ses rencontres même continuent à le transformer. Figer l’autre dans son dire est ne plus lui prêter vie. Quant à son choix, ne pas le respecter, l’entendre, n’est-ce pas trahir son désir de liberté et sa confiance ? Où se situe le curseur de l’estime de soi ? Que nous apporte la réflexion sur les questions éthiques et théologiques posées par le dossier de ce mois, si ce n’est rejoindre l’humain dans son pays fragilisé qui ne demande qu’à être reconnu à la place où il se trouve, à être entendu dans sa vérité ultime.