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Réveil novembre 2014

Au fond du grenier de chez mes parents se cachent quelques vieux tableaux et autres portraits d'ancêtres plus ou moins oubliés. Parmi ceux-ci l'une de ces étranges compositions qui ont fleuri à la fin du premier conflit mondial : « Moi, Etienne Machabert, blessé deux fois à Verdun, deux citations, rend hommage à mon frère Claude, mort au champ d'honneur… » Et, côtoyant, les portraits de ces deux ancêtres, les médailles respectives que la boucherie des tranchées leur a valu, breloques cherchant à (ré)compenser l'horreur.
C'est loin, tout ça ! Un siècle que les nations européennes ont entraîné le monde dans la barbarie. C'est loin ! Pourquoi même y penser ? Sans doute parce que ce n'est pas si loin. Des tableaux mystérieux porteurs de médailles et d'hommages, des lettres, des photographies, etc. se nichent certainement dans les greniers de toutes les familles de France. Pas une famille qui n'ait été touchée par ce feu dévorant. Claude, c'est mon arrière grand-père. Etienne, son frère, a épousé sa veuve au retour du front. Et c'est ainsi que mon père a des cousins qui n'ont pas le même grand-père que lui. Ce n'est pas si loin, et beaucoup de familles portent, plus ou moins visibles, les signes des bouleversements de ce conflit ; comme la mienne, recomposée par le fracas des canons.
Mais, pourquoi y consacrer un dossier dans votre journal régional protestant ? Parce que parmi toutes les familles de France, les protestants ont payé un prix particulier dans ce conflit. Leur confession religieuse proche de celle de l'ennemi les rend particulièrement suspects. Les échanges théologiques d'avant-guerre les rend particulièrement sensibles aux mouvements de pensées d'Outre-Rhin. Mais aussi particulièrement sensibles à la déception due aux prises de position nationalistes de leurs interlocuteurs de l'autre côté du front. Entre pacifisme et antimilitarisme, d'une part, et besoin de prouver son patriotisme, d'autre part, le protestantisme français s'est trouvé écartelé pour articuler une parole pertinente dans le vacarme des canons.