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Réveil décembre 2014

Les souvenirs des Noëls de mon enfance s'imbriquent et se mélangent pour ne former peut-être qu'un seul souvenir reconstruit avec des bribes, des images, des sons, des odeurs, des goûts, de ces différents moments. Images de l'atelier familial mêlant les kougelhopfs alsaciens et les bricelets suisses. Images de la très fameuse boîte de chocolats qui venait comme une récompense au terme de la longue soirée, et pourtant, entre cousins, nous n'avions aucun mal à résister au sommeil. Sons des cantiques chantés à tue-tête, et des moments musicaux partagés. Les contes du grand-père, aussi, qui nous distillait discrètement et avec sagesse, les enseignements des paraboles de Jésus dans une histoire qui nous tenait en haleine. Goûts de la ronde des plats et des treize desserts provençaux, des tentatives plus ou moins réussies de desserts alternatifs ou bio ou diététiques… Excitation de la soirée, puis le sommeil qui l'emporte dès les premiers virages de la voiture qui me ramenait jusqu'à mon lit, et de nouveau l'excitation dès le lever pour découvrir quels cadeaux se cachaient encore sous le sapin…

Beaucoup parmi vous ont certainement en mémoire certains de ces Noëls de leur enfance, souvenirs joyeux, de fête, de surprises, de joie partagée. Bien sûr, il y a aussi des souvenirs plus sombres de ces fêtes familiales. Souvenirs de l'absence de certains des membres attendus de ces fêtes, souvenirs d'événements douloureux de la vie soulignés avec peut-être encore plus d'acuité par contraste avec ces instants qui devraient n'être – nous semble-t-il – que temps de fête insouciante.

Tous ces souvenirs, lumineux ou plus sombres, nous habitent et nous façonnent. Ce sont ces souvenirs que nous sommes allés solliciter, chercher, débusquer, auprès de personnes connues ou inconnues. Ces Noëls qui les ont marqués, les ont habités ou façonnés pour qu'ils deviennent aujourd'hui ceux qu'ils sont.