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A la rencontre des religions anciennes (9) Les cultes à mystères

[samedi 1 juin 2013 00:00]

par Gilbert CARAYON, pasteur

Confrontés à l’éternité impersonnelle proposée par la philosophie (voir le numéro précédent), les hommes de l’Antiquité cherchent cependant l’immortalité. C’est par la communion avec des divinités qui meurent et ressuscitent qu’ils trouvent une voie possible.

Le monde grec a particulièrement été sensible à l’espérance donnée par une relation étroite avec les dieux, mais la civilisation hellénistique a puisé dans toutes les traditions religieuses environnantes afin d’étayer les cultes à mystères.

Des divinités qui meurent et ressuscitent
On peut citer parmi elles : Osiris, dieu égyptien tué par son frère Seth, et dont la femme, Isis, donne naissance à Horus qui ressuscite son père Osiris. Déjà, dans la religion égyptienne, le culte d’Osiris fondait l’espérance pharaonique (puis progressivement de tout Egyptien) en l’immortalité. Le culte d’Isis sera très populaire sous l’empire romain.
La déesse Perséphone passe l'hiver aux enfers et « renaît » chaque année au printemps. Dionysos (fils de Zeus et de la mortelle Sémélé) naît en quelque sorte deux fois. Sa mère enceinte a voulu contempler la gloire de Zeus, elle meurt foudroyée. Zeus coud alors l'enfant dans sa cuisse. Dionysos sort de la cuisse de Zeus quelques mois plus tard. Il était un demi-dieu, il devient, en vertu de cette nouvelle naissance divine, un dieu à part entière. Les Titans le tuent, mais une déesse conserve son cœur et le ressuscite. Dionysos descend aux enfers et en ramène Ariane (considérée comme l'âme humaine) et l'épouse. Dionysos est donc le type de la divinité qui meurt et renaît afin de délivrer l'âme humaine pour s'unir à elle dans des noces mystiques. On comprend que le culte à Dionysos ait connu un réel engouement.

Du mythe d’Orphée à l’immortalité de l’âmeLe mythe d’Orphée fait évoluer la relation entre l’humanité et la divinité, car Orphée est un mortel descendu aux enfers pour y chercher sa femme Eurydice. Malgré son échec, les Orphiques en tirent la conclusion que si Orphée a pu revenir du séjour des morts, c’est grâce à l’âme naturellement immortelle de l’être humain. Pythagore développe alors la thèse de la métempsychose dans laquelle toute âme séjourne mille ans dans l’au-delà entre chaque incarnation ; et Platon élabore la notion de monde des Idées : monde vrai de l’au-delà, dont le monde sensible d’ici-bas n’est qu’une ombre. Mais la thèse de l’immortalité de l’âme va plus loin que les cultes à mystères qui reposent sur les rites réservés à des initiés (d’où le terme « mystères »), et un salut dépendant de la connaissance de secrets bien gardés.
Les cultes à mystères se différencient des religions antiques classiques en ce qu’ils dépassent la volonté divine de ne pas partager l’immortalité. En adorant, en priorité, un dieu bienveillant qui connaît la souffrance et la mort, les initiés trouvent dans la communion avec cette divinité une espérance dans l’au-delà. Par l’immortalité de l’âme, les Orphiques posent l’identité de nature entre hommes et dieux ; par son âme, l’être humain est, en quelque sorte, dieu.

© Réveil - Page théologique - juin 2013