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Auguste Sabatier, un théologien injustement oublié

[mardi 29 octobre 2013 16:56]

par Christelle HASSENFRATZ-COFFINET,
pasteur vicaire à Mulhouse St-Paul.

Auguste Sabatier
un théologien injustement oublié

Auguste Sabatier (1839-1901) est un théologien réformé français quasiment inconnu aujourd'hui, alors qu'il était décrit le jour de son enterrement, par son collègue Eugène Ménégoz, comme étant « le plus grand théologien protestant de France depuis Calvin ». Le parcours de ce théologien marquant, encore d'actualité, est retracé par Bernard Reymond dans un ouvrage récent *. Deux thématiques sont présentées ici.

Auguste Sabatier était, avec Eugène Ménégoz, un des chefs de file de « l'Ecole de Paris » avec le « symbolo-fidéisme » dès 1880. Doctrine dominante alors à la Faculté de théologie de Paris, elle résultait de la combinaison du fidéisme luthérien de Ménégoz – le « salut par la foi indépendamment des croyances » – et du symbolisme critique de Sabatier – le langage par excellence de la religion c'est le symbole, mais ce dernier doit être passé sous le crible de la critique sur plusieurs plans. Avec « l'Ecole de Paris », Sabatier et Ménégoz voulaient dépasser les oppositions dans lesquelles s'enfermaient les orthodoxes et les libéraux. Ils ont en réalité contribué à un renouvellement du débat théologique avant la Première Guerre mondiale.

L'évolution des dogmes

Il aborde cette question en 1888 dans la conférence d'ouverture des cours de la Faculté de théologie de Paris ; cette dernière sera éditée sous le titre : De la vie intime des dogmes et de leur puissance d'évolution. Pour Sabatier, les dogmes sont des énonciations humaines même s'il y a toujours un « je ne sais quoi » de divin présent. De plus, ils sont toujours liés à ceux qui les élaborent, les énoncent, les transmettent, les modifient, d'où le fait qu'ils ont une vie intime. Il met en exergue trois éléments qui montrent la présence d'un facteur humain dans l'élaboration des dogmes et qui constituent ces derniers : « un élément religieux qui provient de la piété ; un élément intellectuel ou philosophique qui suppose la réflexion et la discussion ; enfin un élément d'autorité qui vient de l'Eglise », mais il note cependant que c'est le premier élément, l'élément religieux ou mystique qui doit toujours avoir la primauté sur les deux autres. Pour Sabatier, le dogme est nécessaire, car supprimer la doctrine chrétienne reviendrait pour lui à tuer le christianisme. Cependant, il est toutefois nécessaire de passer le dogme sous le crible de la critique – tant au niveau de sa pertinence et de son évolution religieuse qu'historique –, car c'est précisément ce qui va lui permettre de se développer. L'évolution des dogmes est une notion importante pour Sabatier ; en effet, pour lui, même si nous répétons de vieux dogmes, l'interprétation que nous en avons est nouvelle, la compréhension que nous en avons évolue.
La réflexion et la compréhension de Sabatier des dogmes chrétiens sont à nouveau nouvelles pour son temps. De plus, nous remarquons ici sa volonté de dépasser les antagonismes entre orthodoxes et libéraux et de ne pas se laisser enfermer par eux, car il choisit une troisième voie qui a encore toute sa pertinence aujourd'hui.

La critique de l'autorité

Sabatier explicite cette réflexion dans son ouvrage Les religions d'autorité et la religion de l'Esprit. Par religion d'autorité, il entend une religion qui se caractérise par des systèmes et qui remplace la confiance en Dieu par l'obéissance à une instance. La religion de l'Esprit a pour fonction d'être « tutélaire et pédagogique et de travailler à se rendre inutile ». Dans son ouvrage, il critique le dogme de l'autorité qu'il soit catholique – caractère surnaturel et infaillible de l'Eglise – ou protestant –caractère surnaturel et infaillible de la Bible.
Au terme de cette trop rapide présentation de quelques-unes des thématiques qui ont occupé la réflexion d'Auguste Sabatier, nous pouvons retenir qu'il s'agit là d'un théologien qui s'est inscrit dans des débats de son temps en proposant sur différents points une pensée nouvelle qui reste encore d'actualité.
Cet ouvrage de B. Reymond brosse un aperçu de la pensée de Sabatier. Par là, il tente de tirer ce théologien de l'oubli, car ses idées valent vraiment la peine d'être connues.

* Auguste Sabatier. Un théologien à l'air libre (1839-1901), Labor et Fides (Coll. « Histoire et Société » n° 55), Genève, 2011.

© Réveil-Page théologique novembre 2013