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Thèses 2017 (2) Les étapes d’un cheminement

[vendredi 31 janvier 2014 11:09]

par Christophe SINGER

Thèses 2017 (2)
Les étapes d’un cheminement

Le 17 mai, les conseillers presbytéraux de la région Centre-Alpes-Rhône se rassembleront à Oullins, pour réfléchir à partir de la Controverse destinée à montrer la vertu des indulgences écrite par Martin Luther fin 1517.

Pourquoi lire ce vieux texte en 2014 ? Plutôt que de controverses, n’a-t-on pas un urgent besoin d’unité ? Qui se soucie aujourd’hui de la « vertu des indulgences » ? Faut-il vraiment ressusciter ce débat du Moyen-Age, à l’heure où les chrétiens, de plus en plus conscients de leur situation minoritaire, abandonnant leurs disputes de clochers, veulent se recentrer sur l’essentiel : l’Evangile de Jésus-Christ ?

Des textes trop anciens ?
Remarquez que l’on pourrait poser la même question à propos de la Bible : en quoi sommes-nous concernés par les débats qui agitaient les prophètes de l’Ancien Testament ? Quel chrétien se préoccupe aujourd’hui, comme les Corinthiens ou les Galates d’autrefois, de savoir si l’on peut manger ou pas de la viande sacrifiée aux idoles, ou s’il faut ou non être circoncis ? La liste est longue des controverses passées qui sont apparemment à ranger au musée des curiosités théologiques. Mais nous continuons à les lire, ces textes : nous savons bien que dans ces préoccupations, datées, de nos pères, se logent les questions essentielles de la foi. Dans ces écrits, nés souvent de débats douloureux, nous discernons un évangile aussi pour nous. De même, l’Evangile que contiennent ces « 95 thèses » et qui bouleversa l’Europe est le même que celui des apôtres, celui qui nourrit aussi notre foi. L’entendre dans les mots d’alors, c’est paradoxalement le laisser résonner d’une manière nouvelle à nos cœurs aujourd’hui. Encore faut-il éviter malentendus et simplifications qui débouchent sur des caricatures, slogans et tautologies stériles pour la foi autant que pour la réflexion. C’est pourquoi, il importe de replacer ce bref écrit dans le contexte qui l’a suscité.

Un système lucratif
Si Dieu accorde gracieusement au pécheur repentant le pardon et la vie éternelle, celui-ci doit néanmoins accomplir les œuvres de la repentance et subir des conséquences temporelles, limitées, de ses fautes. La vie terrestre n’y suffisant pas toujours, cette expiation est complétée dans l’au-delà, au purgatoire. L’Eglise a cependant le pouvoir d’en dispenser le fidèle, totalement ou partiellement, à condition qu’il manifeste concrètement sa contrition par des œuvres pieuses, comme le don. Elle jouit en effet de l’excédent des mérites du Christ et des saints, qu’elle peut verser sous forme d’indulgences au compte spirituel des chrétiens, morts ou vivants. Chacun y trouvant son compte (l’Eglise renfloue ses caisses et le fidèle y gagne un témoignage de contrition « prêt à l’emploi »), ce système devient, à la fin du Moyen-Age, un véritable commerce. Mais il y a plus : la distinction entre la grâce divine accordée gratuitement au pécheur et la remise, sous conditions, des peines temporelles imposées par l’Eglise, s’estompe jusqu’à disparaître.

© Réveil-Page théologique février 2014