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Thèses 2017 (4)Luther, le besoin d’un intermédiaire

[lundi 31 mars 2014 15:50]

par Christophe SINGER

Thèses 2017 (4)
Luther, le besoin d’un intermédiaire

Martin Luther écrit les « 95 thèses » fin octobre 1517. Le débat universitaire qu’elles appellent n’a finalement pas lieu : diffusé largement, ce texte devient le point de départ du mouvement de réforme qui, en quelques années, bouleverse l’Europe. A ce titre, il est un document historique de premier plan. Mais a t-il encore quelque chose à nous dire aujourd’hui sur le plan de la foi, de notre foi ? Les conseillers presbytéraux de la région Centre-Alpes-Rhône se saisiront de cette question le 17 mai à Oullins.

En guise de mise en bouche, voici quelques réflexions à partir de la thèse numéro 7 : « Dieu ne remet la coulpe à personne sans l’humilier, l’abaisser devant un prêtre, son représentant ».
Une phrase pour le moins surprenante pour le protestant que je suis. Ne m’a-t-on pas appris que chacun peut se tenir devant Dieu, sans intermédiaire, sans prêtre, muni de sa seule foi, et recevoir ainsi le pardon de son péché ? N’est-ce pas la gloire du protestant de n’avoir point besoin d’aller à confesse, de ne pas compter sur les formes extérieures de la religion, pour vivre une relation authentique et directe avec le Seigneur ? Luther serait-il… catholique ?

Réactions premières
Certes : nous sommes en 1517 ! Le « révérend Père Martin Luther », comme il se présente lui-même dans le préambule des « Thèses », est catholique, moine et prêtre. Mettons donc cette phrase sur le compte du stade embryonnaire de sa théologie… et restons protestants ! Accrochons-nous à notre pieuse méfiance envers tout ce qui pourrait suggérer que nous aurions besoin d’intermédiaires face à Dieu. Drapons-nous dans notre splendide isolement spirituel, comme ces héros de la foi qui peuplent nos souvenirs de catéchisme. Défendons-nous contre tout risque de laisser entendre qu’un pasteur, un frère, une sœur, puisse tenir lieu de « représentant de Dieu ». Ne commentons les fameux textes de Matthieu sur le « pouvoir des clefs » (Matthieu 16.18-19 ; 18.15-20) que pour nous indigner de leur confiscation par la hiérarchie romaine, et n’allons surtout pas croire que les paroles d’un pasteur, d’un frère, d’une sœur, puissent avoir quelque efficace pour notre libération spirituelle…

Parole incarnée
Et cependant, quand le péché voile à ce point le cœur, que Dieu semble rester silencieux, quand la foi vacille ou même disparaît, engloutie par les regrets, la culpabilité, l’angoisse, si bien que même le Psaume 23 ne me parle plus… n’ai-je pas besoin, moi aussi, tout protestant que je suis, que la Parole du salut, l’Evangile de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ, se fasse entendre à mes oreilles dans le timbre de la voix d’un frère, d’une sœur, pour trouver le chemin de mon cœur ? N’est-il pas alors mon prêtre, celui devant qui je suis « humilié et abaissé » au point de m’accrocher à sa foi, son espérance, son amour, car les miens semblent avoir disparu ? N’est-ce pas, alors, la porte du paradis qui s’ouvre à nouveau, quand la Parole de Christ s’incarne et devient réelle dans le geste, le sourire, la prière de celui qui croit pour moi ? N’est-ce pas cette fête-là que nous, protestants, désignons aussi, quand nous parlons de « sacerdoce universel ? »

© Réveil-Page théologique - avril 2014