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Bénir (1) : Principes et réalité

[mercredi 30 avril 2014 17:58]

par Jean DIETZ

Nombreuses sont les Eglises locales qui prennent du temps pour réfléchir au thème du prochain synode régional : « Bénir. Témoins de l’évangile dans l’accompagnement des personnes et des couples ». Le pasteur Jean Dietz retrace ici les rencontres avec un couple dont on ne saura rien.

J’avais repéré ce couple depuis quelques temps, assidu et discret à nos assemblées dominicales. J’avais su, par ceux des habitués qui les avaient abordés et accueillis, qu’ils étaient nouveaux dans le quartier et qu’ils auraient aimé, un jour, pouvoir rencontrer le pasteur. Lorsqu’enfin, au bout de plusieurs mois, un rendez-vous m’a été demandé, je me suis réjoui. Les poignées de mains et les quelques mots chaleureux qu’on échange avant ou après le culte sont une bonne chose, mais c’est trop peu pour faire connaissance. Le couple savait qui j’étais, je ne savais rien de lui.

Connaître l’autre
Les deux m’ont parlé sans façons de leurs professions, de leur vie et de leurs lectures communes. Et comme certains des ouvrages mentionnés ne m’étaient pas tout à faits inconnus, notre entretien a été dense. Ont été évoqués aussi des échanges passionnés au sujet des prédications du dimanche. Ne pas être tout à fait d’accord était leur lot commun, mais qu’importait. N’être pas d’accord avec moi les unissait plus sûrement. La discussion sur la liturgie du culte dominical aurait pu être sans fin, il fallut l’abréger. A la fin de ce premier entretien, un second rendez-vous a été demandé. Avant ce second rendez-vous, fixé deux mois plus tard, j’ai vu ce couple devenir assidu aussi aux séances de catéchisme pour adultes. Lors du second entretien, j’ai entendu parler de leur vie commune, de leurs familles, de leurs origines… Mon attention et ma confiance étaient recherchées. On les avait mis en garde, d’aucuns se méfiaient, et certains n’approuvaient pas. Mais j’ai aussi entendu parler du bonheur de leur rencontre, et de leur découverte commune de la foi. Je rends grâce à Dieu de te connaître, et du choix que tu as fait de moi, se disaient en substance ces deux là. Leurs propos étaient tout à la fois plein de joie et d’hésitation, de crainte et de certitude.
Ça n’est qu’au cours du troisième entretien que le verbe bénir a été prononcé. Ce que j’avais donné à lire avait manifestement été lu. Etre béni, ce couple entendait bien le solliciter, le proclamer et le partager. Rien d’autre n’était demandé que la permission de le faire publiquement, que soit proclamé le bonheur de leur engagement mutuel, que soit évoquée leur rencontre avec le Christ vivant, et qu’à cette occasion tous ceux qui viendraient puissent rendre grâce à Dieu.

Des êtres humains
Je laisse ici le lecteur devant les visages qu’il imagine. La courte histoire qu’il vient de lire laisse dans l’ombre les caractéristiques de ce couple. Différences d’origines sociales ? De couleur de peau ? D’âge ? De sexe ? De ressources ? Avec ou sans contrat ? Des couples que certains récusent, il en existe de toutes sortes. Mille bonnes raisons, mille principes et autant de versets bibliques peuvent être invoqués pour justifier une méfiance, pour prédire le pire, voire pour maudire. Ce ne sont cependant pas des raisons, des versets et des principes qu’il s’agit d’accompagner et de bénir, de renvoyer ou d’accueillir, mais des êtres humains.

© Réveil-Page théologique - mai 2014