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Qu’est-ce que l’homme ? (1) D’un soupir à une respiration : la créativité

[mercredi 1 octobre 2014 00:00]

par Gérald MACHABERT

La Bible s’ouvre par la deuxième lettre de l’alphabet hébraïque « bereshit bara elohim et hashamayim ve'et ha'arets » (Dans le commencement, Dieu crée les cieux et la terre).

Les commentateurs juifs ont été nombreux à signaler cette trouvaille du texte biblique, et ils ont été nombreux à y chercher un sens. Il s’avère que la première lettre de l’alphabet hébraïque, l’Aleph, que nous assimilons au A de notre alphabet latin, n’a en réalité rien à voir avec cette lettre. Ni voyelle, ni vraiment consonne, l’Aleph est en fait une suspension de la respiration, comme un souffle retenu avant que ne débute le mot, avant que la parole n’advienne, une parole qui n’apparaît donc qu’avec la deuxième lettre de l’alphabet. Comme si Dieu retenait son souffle avant de prononcer la Parole qui allait littéralement faire advenir la Création. Comme si le souffle créateur ne prenait sa forme qu’au commencement avec le Beth, la deuxième lettre… qui s’avère être aussi le terme pour désigner la « maison ». La Création débute par un souffle qui crée un espace habitable pour que la vie apparaisse !

Le laisser-aller, condition de la Création
Ce premier récit de la Création – au chapitre 1 du livre de la Genèse, qui est suivi immédiatement par un autre récit, celui du « Jardin d’Eden » - est rythmé par la succession des jours et des nuits. Chaque jour, « Dieu dit… » et cette Parole fait advenir de la vie. Puis « Dieu vit ce qu’il avait fait. C’était bon. Il y eut un soir il y eut un matin ; premier/deuxième/troisième/etc. jour. »
Un jour, à la sortie du temple, je me vis interpeler par l’un des membres de l’assistance du jour. Ce n’était pas un habitué. Il n’était présent ce jour-là que parce que le service de consolation lui permettait, à lui aussi, de dire « à Dieu » à son ami d’enfance. « Dieu a besoin de repos ? Non ! mais quelle ânerie ! Dieu n’est qu’une invention de l’homme, et du coup, celui-ci l’a fait entièrement à son image !… » Il y a certes un peu d’anthropomorphisme dans cette histoire de repos du 7e jour de la Création. L’auteur de cette formule n’a certainement pas cherché à ce que ses lecteurs s’imagine Dieu, faisant la sieste, dans un transat au fond de son jardin, un bon polar entre les mains… Là encore, il est question de suspension. Non pas suspension du souffle comme au début du récit, mais cette fois, suspension de la Création elle-même. Pour exister, pour devenir Création, il faut que Dieu cesse de la créer pour qu’elle existe par elle-même. Le Créateur laisse aller sa créature.

A l’image de… à sa ressemblance…
C’est à l’image de ce Dieu Créateur que l’homme est créé, à sa ressemblance. A l’image de ce Dieu qui retient sa respiration avant de prononcer sa Parole créatrice. A l’image de ce Dieu qui laisse aller sa Création pour qu’elle devienne créature. Ainsi l’homme répond-il à sa vocation à travers cette capacité et cette responsabilité à créer à son tour, à travers une créativité qui ne s’impose pas, mais apprend à laisser-aller.

© Réveil-Page théologique - octobre 2014