Imprimer

Qu’est-ce que l’homme ? (2) En marche dans l’histoire

[samedi 1 novembre 2014 00:00]

par Gérald MACHABERT

Questionnant l’identité de l’humain, nous nous sommes penchés sur son origine selon les textes de la Bible. L’homme est à l’image et à la ressemblance de son Créateur, dans sa propre capacité à créer, à laisser advenir une Création qui lui échappe.

En cela, le deuxième récit de la Création dans le livre de la Genèse n’est en soi pas très différent du premier. Bien sûr, l’histoire du jardin d’Eden dans lequel l’humain est placé diffère de celle de la Création par étapes structurantes, du chaos au monde habité. Bien sûr, cette histoire de la solitude de l’humain avant qu’il ne puisse faire advenir par son nom celle qui est tiré de son côté et compose avec lui le couple primordial, n’est pas celle d’un « homme et femme » qui est créé au sommet du geste créateur. Et pourtant, dès la Création, Dieu ouvre de la distance entre lui-même et sa Création, sa créature. La tradition juive de la kabbale utilise le terme de Tsimtsoum pour décrire ce mouvement de retrait nécessaire du Tout pour qu’un Autre advienne, ce nécessaire espace entre Dieu et sa Création. Ce retrait crée, de fait, le possible d’une Création, d’une Créature, qui échappe à la volonté de son Créateur.

Du pays où rien ne se passe…
C’est exactement l’objet de ce deuxième récit de la Création dans le livre de la Genèse : celui d’un lâcher-prise qui aboutit à une échappée ! Le couple primordial coule donc des jours heureux dans ce paradis du Jardin d’Eden – paradis est par ailleurs simplement la transcription du terme grec « paradeisos » qui désigne le « jardin clos où vivent des animaux sauvages », bien loin de l’image dorée que l’on pourrait en avoir. Mais il n’est pas évident que le couple humain coule quoi que ce soit ; la description du pays d’Eden est plutôt celle d’un lieu immuable et immutable – rien ne s’écoule et certainement pas le temps. La Création semble figée dans l’état primordial.
Survient la tentation. Tentation prononcée par le serpent, mais déjà présente dans la formulation même de l’interdit divin qui permet de manger des fruits de tous les arbres du jardin, mais pas des fruits de l’arbre du centre du jardin, il est interdit de les manger… Et survient ce que la tradition appelle la Chute. Or cette chute est-elle une malédiction ?

… à l’entrée dans l’histoire et la responsabilité
Certes, le texte se plaît à souligner les aspects déplaisants des conséquences de cette chute : douleurs de la grossesse, poids du travail de la terre pour assurer sa subsistance. C’est pourtant après cet épisode seulement que l’homme nomme celle qui est son alter ego « Eve, c’est-à-dire Vie, car elle est la mère de toute l’humanité ». Par cette transgression, l’humain entre donc finalement dans le temps, quittant le lieu où rien ne s’écoule. Ce faisant, il va entrer dans l’histoire et porter dès lors la responsabilité de ses actes. Ceci est une bénédiction : son travail donnera du fruit, il sera alors pleinement à l’image et à la ressemblance de son Créateur – Créateur lui-même, responsable de sa création.

© Réveil-Page théologique - novembre 2014