Imprimer

[mercredi 4 février 2009 00:00]

Les Actes : L'Évangile pour tous (6)

Emmanuelle STEFFEK
(Chercheuse du Fond National Suisse
Université de Lausanne)

« L'Esprit Saint et nous-mêmes, nous avons en effet décidé de ne vous imposer aucune autre charge que ces exigences inévitables : vous abstenir des viandes de sacrifices païens, du sang, des animaux étouffés et de l'immoralité »
Actes 15,28-29


L'Assemblée de Jérusalem, en Actes 15, pose de judicieuses conditions de cohabitation entre chrétiens d'origine juive et d'origine païenne, amenant chaque partie à un minimum de concessions.


L'ordre donné par Jésus en Actes 1,8 (« Vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie et jusqu'aux extrémités de la terre ») ne va pas sans poser problème : dès que la mission se risque hors d'Israël, elle se trouve confrontée à la question du maintien ou de l'abandon de la circoncision et de l'observance des règles alimentaires. En ce qui concerne la circoncision, la question est moins épineuse puisque le judaïsme admettait dans son orbite des sympathisants, les « craignant-Dieu », qui, bien que séduits par la foi juive et respectant bon nombre de prescriptions de la loi de Moïse, hésitaient cependant à franchir ce pas douloureux. Par contre, la question de l'observance des règles alimentaires, la kashrout, posait un véritable problème, car comment permettre la communion de table entre chrétiens d'origine juive et chrétiens d'origine païenne, qui ne respectaient pas ces règles alimentaires et dont le menu pouvait choquer les judéo-chrétiens ?
L'épisode de la rencontre entre Pierre et Corneille (Actes 10-11) est le reflet de cette question à laquelle la chrétienté naissante eut à faire face : Pierre, littéralement contraint par l'Esprit, se rend chez le païen Corneille, y prononce un discours interrompu par une descente de l'Esprit, qui l'amène à faire baptiser Corneille, puis à loger, donc à manger, avec lui. C'est d'ailleurs le double reproche qu'il essuiera de la part des frères de Jérusalem : être entré chez des incirconcis et avoir mangé avec eux (11,3) !
L'assemblée de Jérusalem (Actes 15) tranchera : il ne sera rien exigé d'autre de la part de non-juifs (pas même la circoncision) que de s'abstenir de quatre interdits, tous en relation avec le paganisme : la souillure des idoles, l'immoralité (liée à la fréquentation des cultes païens), la consommation de sang, et celle d'animaux étouffés (donc non égorgés). Il s'agit donc, par cette décision, de préserver à la fois la sensibilité juive à l'égard de nourritures jugées scandaleuses et de prévenir, chez les chrétiens d'origine païenne, toute velléité de continuer à fréquenter les temples païens et à suivre leurs pratiques.
Voilà comment, par la mise en œuvre de quelques règles très concrètes et peu contraignantes, l'Évangile s'est ouvert à tous.
Bel exemple d'œcuménisme avant la lettre, si l'on peut oser l'anachronisme : chacun fait un pas vers l'autre, concédant de part et d'autre sur un point, non pas de doctrine, mais de pratique, afin de permettre le dialogue et le partage dans le respect des convictions de tous, sans blesser quiconque. Il est bon de s'en souvenir, à l'heure où les crispations entre les différentes religions ou confessions butent sur des questions purement formelles.

 

© Réveil - février 2009