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Lectures croisées (1) : Des outils de lecture

[jeudi 1 septembre 2011 19:48]

Lectures croisées (1) : Des outils de lecture

par Anne HEIMERDINGER

« L'exégèse ne veut ni ne peut fournir le sens (ultime) du texte, mais elle peut proposer une lecture cohérente et mettre en garde contre les récupérations idéologiques du texte. »
Thomas Römer

La Bible est une collection de livres anciens. Pour les comprendre, un décodage est souvent nécessaire. L'éclairage historique, culturel et social des conditions d'écriture de ces textes, mais aussi la recherche sur les intentions des auteurs, permettent de mieux en apprécier les richesses.

Les textes bibliques visités par nos lectures peuvent parfois faire le jeu d’une recherche fondamentaliste, appuyer une tendance moraliste, voire répondre à un narcissisme spirituel (le texte devient le prétexte pour se raconter et se lire).
Les méthodes exégétiques présentées ci-dessous aident à éviter ces écueils. Pour les rendre abordables, prenons une image.
Un touriste décide de s’arrêter dans un lieu et de visiter un monument qui l’intéresse. Il est de passage, son voyage l’emmenant d’une étape vers une autre. Il pourrait être comparé à celui qui visite le texte biblique de manière spontanée. Il tombe dessus et regarde : Est-ce que ce monument me plaît ? Qu'est-ce qui m'impressionne ? Qu’est-ce qui retient mon attention ?
Un second touriste arrive sur les lieux, mais lui s’est renseigné ; il n’est pas là par hasard. Son circuit, il l’a construit en s’informant sur un certain nombre de repères historiques et contextuels. Il va situer ce qu’il voit à travers l’histoire, ses composantes, son aspect sociologique. Il va ensuite placer le monument dans une dimension plus large. Ce tour d’horizon est aussi une démarche avec laquelle on peut approcher le texte biblique : on l’appelle la méthode historico-critique.
Un troisième touriste est subjugué par ce qu’il voit et cherche, à travers l’objectif de son appareil photo, à rendre compte d’un détail qui l’aura marqué. Autre manière d’approcher le texte biblique : on isole une péricope (un passage) et on le prend pour lui-même. Le texte parle à travers sa structure : il s’agit de l’analyse structurale.
Et puis, il y a les touristes qui visitent un lieu, un monument parce qu’ils partagent des racines communes, une tradition qui a traversé leur histoire et qui les rend proches de ce qu’ils viennent voir. A la lumière de ces racines, ils interprètent ce qu’ils voient et visitent. On peut ainsi lire un texte biblique à la lumière de l’interprétation des Pères de l'Eglise (lecture patristique) ; s’attacher aux traditions juives d’interprétation (lecture rabbinique) pour lui donner un nouvel éclairage.
Plus récemment, une nouvelle classe de touristes a fait son apparition ; ils arrivent sur les lieux dans le but de découvrir un élément qui rejoindra le champ de leurs préoccupations. Ils interprètent ce qu’ils voient à travers leur propre quête, leurs aspirations. On rencontre ainsi un groupe de féministes, un peu plus loin d’autres s’interrogent sur le message de libération tendu au cœur du message biblique, et dans un autre coin, il y a ceux qui étudient le texte à partir de l’homme (approche existentielle).
Ces différentes manières parfois complexes de s’approcher et de visiter les textes ont leurs richesses et leurs limites. Des ponts constants entre elles s’imposent. Chaque lecteur possède lui aussi sa méthode pour se lancer dans une lecture croyante : sa foi. Et sa lecture personnelle mérite de se confronter à d’autres lectures, d’autres compréhensions ; c’est ce que nous vous proposerons cette année, en suivant trois exégètes qui nous présenteront tour à tour leur grille de lecture autour de trois textes : Genèse 11, Job 1 et Esaïe 53.

© Réveil - Lire la Bible - septembre 2011