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Prières et vie (3) Entre hier et demain

par Franck HONEGGER

« Mon âme, bénis l’Eternel et n’oublie aucun de ses bienfaits. » Psaume 103.2

Meditation - Journal Réveil  décembre 2013  © Ana Blazic Pavlovic/Foatolia

En même temps demande et reconnaissance, la prière est une respiration entre hier et demain, un présent entre un passé et un à-venir.

L’avenir s’appréhende différemment suivant les âges de la vie. Enfant, l’inconnu est tel que la notion même est difficile à comprendre, tout occupé qu’on est à saisir le présent. Jeune, c’est l’explosion des rêves, des désirs, des envies où les possibles sont infinis. Adulte, l’avenir est une porte dont l’ouverture diffère d’une personne à l’autre. On s’émerveille des naissances, on s’angoisse pour ces enfants qui nous sont confiés, on s’engage dans une vie professionnelle épanouissante ou, au contraire et surtout aujourd’hui, les nuages s’amoncellent et nous interrogent sur notre « utilité », sur notre place et notre identité au sein de la société dans laquelle nous vivons.
Puis arrive le temps où la vie passée est plus longue que la vie à venir. Les expériences permettent de prendre un peu de recul face aux questionnements ; les relations s’affinent au creuset du temps ; la réalité de ce qui a été vécu relègue ce qui n’a pas pu l’être. Le passé est un réservoir où puiser ses forces, l’avenir est un torrent ou un ruisseau qui s’écoule vers l’océan de l’inconnu.
La prière, présente à toutes ces étapes, est comme une escale. Nous y rencontrons toujours ceux qui font notre quotidien et ceux qui croisent notre route. Et toujours nous y est offert, là, un espace plus privé pour un face-à-face avec Dieu dans la paix et la confiance.
C’est dans cet espace que s’énoncent les plus intimes de nos pensées et de nos demandes pour aujourd’hui et pour demain. C’est là que, hier, nous avons tremblé pour nos enfants, dans des paroles qui exprimaient la crainte de nous voir en être séparés, nous avons peut-être rêvé à leur place de leur avenir, forcément radieux. C’est là qu’aujourd’hui, dans la reconnaissance, nous nous réjouissons pour ces tout-petits devenus nos petits-enfants. Parents, nous comprenions les paroles de Khalil Gibran de manière intellectuelle. Grands-parents, ils résonnent de toute la vérité énoncée par ces quelques mots : vos enfants « viennent à travers vous mais pas de vous, ils ne vous appartiennent pas ». Ah, qu’elle est juste cette parole devant ce nouveau-né emmailloté de toute l’attention de ses parents !
Emerveillés devant cet être venu « à travers nous », nous pouvons, enfin, jouir dans une totale sérénité de cette relation naissante qui fait de nous des « vieux », sans que l’âge importe ; et qui fait de lui ou d’elle, un petit-fils, une petite-fille et surtout… un enfant de Dieu.
Notre prière alors devient légère et notre reconnaissance totale. Et reviennent en mémoire ces paroles du psalmiste : « Mon âme, bénis l’Eternel et n’oublie aucun de ses bienfaits » (Psaume 103.2), ceux-là même qui nous ont permis de vivre tout ce que nous avons vécu, et qui s’offrent encore à nous maintenant, dans le sourire d’un enfant. Tout peut alors ad-venir.

©Reveil-Spiritualité  décembre 2013