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Prières et vie (8) Dans la lutte intérieure

par Full

Meditation mai 2014 - journal Réveil © Adam Gregor - Fotolia.com
Etre en conflit avec soi, vous connaissez ? Quand votre corps lui-même vous trahit, vous conduit sur un chemin difficile que vous auriez aimé éviter… Mais parfois, tout au bout, on goûte à la vie.

Un matin de décembre, un coup d’œil jeté derrière mon épaule me gêne. Je ne vois plus. Mon champ de vision rétrécit chaque semaine un peu plus. Les ophtalmologistes multiplient les examens du fond de l’œil et n'y font rien. « Tout est normal madame ! »
Je finis par filer aux urgences. Un neurochirurgien « poursuit les investigations ». Et la vie poursuit son cours. Travail, programmation des vacances avec les enfants. Puis le coup téléphone fatidique : « Madame, il vous faut être hospitalisée d’urgence. Cela ne peut attendre, vous serez transférée à Marseille… » Rien de plus. Juste la certitude que quelque chose depuis des mois inexorablement se passe en moi ; je ne sais toujours pas quoi et si c'est grave.
Petit temps de rumination, foire des états d’âme qui se bousculent : tristesse, angoisse, envie rageuse de savoir enfin. Tout s’arrête brusquement au profit d’un détour obligatoire au bloc chirurgical. Le choc passé, on cherche l’épaule pour pleurer, pour trouver un soutien. Puis l’envie de lutter reprend le dessus, de maîtriser un tant soit peu ce qui arrive. Surtout garder un semblant de dignité. Le temps qui passe n’est même plus le même, n’a plus la même odeur, ni le même goût. « Battez-vous ! »
Première piste, se changer les idées. Comment y parvenir quand ce petit quelque chose, niché en vous, a réveillé l’idée que vous êtes mortelle ? Allez, auto-discipline, contrôle de la respiration et marche en solitude. Il faut au moins cela pour accepter la mauvaise nouvelle : « Bon ma fille, que ça te plaise ou non, ça existe et cette fois, c’est toi qui est concernée ! » Silence. Inutile de dire que c’est affreux, injuste, qu’est-ce que j’ai fait pour… Stop. La rumination, le fantasme ne sont pas les meilleurs conseillers. Vive internet et ses nombreux sites d’information. Quoique… Vive la présence des autres, compassés, gênés, pas là quand il le faudrait, présents quand vous aimeriez être seule… Tout est bousculade, dérangement d’habitudes et questionnements. Un bon gros mois plus tard, c’est derrière. Des cicatrices visibles, d’autres à l'intérieur.
Le combat le plus dur ? Le conflit avec Dieu. Et ce silence entre nous, presque signé d’un commun accord. Jamais de réponse au pourquoi. Et pourquoi pas ? Ma plainte me semblait creuse, mais la sensation d’avoir parcouru ce chemin accompagnée, pleine. On peut bien, devant son miroir, pleurer de soulagement, de regrets, de douleurs. Car on perd aussi beaucoup, de certitudes, de futilités, d’illusions, « d’amis ». Un tri nécessaire pour vivre plus léger. Plus densément aussi ?
Et un gain formidable : une impétueuse envie de vivre et un sourire intérieur qui déborde à l’extérieur. Car voyez-vous, la traversée du désert et du conflit avec soi, avec le Tout-Autre rapproche en vérité, nous révèle ce que nous sommes : des créatures aimées que la vie doit gagner !

© Réveil - Spiritualité - mai 2014