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Prières et vie (9) Prière et cinéma

[lundi 9 juin 2014 16:41]

par Jean DOMON

Reveil-Spiritualité Pirères et vie : Prière et cinéma ©Shutterstock

Dans les films, la lecture, le théâtre, nous rencontrons des personnages, ayant vraiment existé ou de fiction, qui nous touchent profondément. Au point de venir, parfois, nourrir nos prières.

 

Dans mes nuits d’insomnie souvent je prie. Défile alors le monde de tous ceux que j’aime et que je nomme un par un. Et le nom de ceux dont je connais la souffrance, la solitude, le deuil...C'est ce qu’on appelle communément la prière d’intercession.
Mais voilà que parfois se glissent dans un demi-rêve les personnages que je n’ai rencontrés qu’à travers un écran de cinéma ou de télévision. Et qui, étrangement, imposent leur présence. Des visages lointains, étrangers à ma vie personnelle et quotidienne vont prendre pourtant corps et âme au plus secret de ma mémoire et de mon esprit. Compagnons provisoires, fugaces passagers, ils prennent place dans ma prière .Et je les porte devant Dieu avec leurs combats, leurs aventures et mon désir de les savoir un jour aimés et triomphants. Ce monde fictif qui parfois me rejoint est une sorte de second champ de ma prière. Une prière qui est cette fois plutôt de l’ordre de la compassion. Plus ou moins diffuse ou formulée, elle tente de partager à distance ces vies et ces situations qui m’ont, un moment, touché et de les replacer dans la lumière du Christ.
Je revois par exemple cette Philomena. Son fils lui a été arraché à la naissance et elle décide de retrouver sa trace à travers l’Irlande et les Etats unis, jusqu’à la tombe et l’apaisement de l’âme. Je remercie l’interprète de cette vieille dame de m’avoir si finement fait ressentir la sérénité de sa foi. A travers ce personnage, j’ai une pensée pour toutes ces mères qui, au nom du code de l’honneur, se voient privées de leur propre maternité. Et je rends grâce au cinéaste Stephen Frears dont toute l’œuvre a défendu les pauvres et les humiliés.
Toutes les fictions que je vois ne m’entraînent pas dans une telle connivence ! Il y a des films dont j’admire la beauté, la construction et le message mais qui se tiennent à distance. Leurs acteurs m’interrogent, me captivent ou m’irritent mais je n’entre pas dans leur intimité.
Le documentaire, lorsqu’il touche au profond de l’humain, peut favoriser une telle rencontre.
Je pense à ce « clochard » marqué par un drame de sa petite enfance et dont on a trouvé le journal de bord dans une poubelle, après sa mort : Le copain d’avant. Cette existence tragique m’a poursuivi, assuré que le Seigneur ne pouvait que recevoir cet homme dans la paix de son Amour. J’ai rendu grâce pour les deux cinéastes qui ont eu à cœur d’en restituer tout le parcours. Et prié pour tous ces gens que l’on voit tenter, avec à la fois tendresse et culpabilité, de le ramener dans le chemin d’une « vie normale » sans y parvenir.
Tant d’images et tant de bruits qui se mélangent à notre vie de tous les jours font de chacun de nous des éponges de questions, de cris, de désirs et d’espérance qu’au nom du Christ vivant il nous est donné d’offrir à la patience aimante de Dieu.

©Reveil-Spiritualité  juin 2014