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Lettre ouverte à... (1) Mon institutrice de CM2

[lundi 1 septembre 2014 00:00]

par Doris ZIEGLER

Reveil-Spiritualité : Lettre ouverte à... (1)  Mon institutrice de CM2 © Shutterstock

En cette nouvelle année « scolaire », nous ouvrons cette page à des lettres ouvertes. Lettre à un être, réel ou fictif, dont on prend conscience un jour qu'il nous a nourris spirituellement.

 

Madame.
En cette nouvelle rentrée scolaire, je pense à vous. Je me souviens à peine des traits de votre visage. Aucune heure de cours avec vous ne m'a marquée particulièrement. Et pourtant, comme si c'était hier, je nous revois dans la cour de l'école, à mon dernier jour de parcours primaire. Vous avez dit à ma mère que vous ne vous faisiez aucun souci pour moi. Que je réussirais. Ces paroles – sans doute banales pour une enseignante à propos d'une « bonne » élève – se sont ancrées en moi comme une efficace bénédiction.
Vous avez littéralement « dit du bien » sur l'avenir d'une petite fille timide et pleine de doutes sur elle-même. Dans mon parcours de protestante par naissance puis par conviction, j'ai entendu bien d'autres paroles de bénédiction, bibliques ou non, qui m'ont aussi donné force et confiance. Mais il se trouve que le parcours scolaire, avec son système de jugement et de classement (même implicite), est redoutable. Une mauvaise note ou appréciation sur un dessin, une récitation, un devoir pour lesquels un enfant pense avoir donné le meilleur de lui-même, peut faire de gros dégâts, marquer à vie.
Quelques années auparavant, en CP, il y avait dans ma classe une élève perturbée. Famille instable ? Problèmes psychologiques ? Elle se couchait sous son bureau, n'écoutait rien. Votre collègue ne savait pas comment s'y prendre avec elle, ce qui peut se comprendre. Elle l'appelait « la souillon » avec un mépris ostentatoire, ce qui est inadmissible. Qu'est devenue cette Cendrillon qui n'avait pas besoin qu'une « malédiction » d'institutrice s'ajoute à une vie déjà difficile ?
A l'heure où mon Eglise lance une réflexion sur la bénédiction, vos paroles d'institutrice de la République résonnent à nouveau en moi. Elles illustrent à quel point « dire du bien » ou « souhaiter du bien » aux autres et en particulier aux enfants, est important, voire vital.
Elles me renvoient à notre responsabilité d'adultes de poser sur les enfants – et adolescents – que nous rencontrons un regard bienveillant et de leur
« dire du bien ».
D'autant plus si leur vie est difficile. Car de tous ces jeunes que nous rencontrons, peu vont à l'école biblique ou au catéchisme. Peu ont l'occasion d'entendre et de s'approprier les bénédictions nourrissantes, transmises de la part de Dieu à travers la lecture de la Bible. Et même s'ils ont accès au trésor biblique, ils ont aussi besoin d'une « incarnation », d'une confirmation, pour chacun en particulier, yeux dans les yeux, des bénédictions divines.
Je te fais confiance, moi, adulte. Je crois en toi, moi qui suis là devant toi. Ce que tu deviendras, je n'en sais rien. Mais ce sera bien, ça je le sais, parce que tu es enfant de Dieu.
Même si toi tu ne le sais pas.

© Reveil-Spiritualité  septembre 2014