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Lettre ouverte à... (2) Léna

[mercredi 1 octobre 2014 00:00]

par Marie-Odile WILSON

Reveil-Spiritualité : Lettre ouverte à... (2) Léna © Shutterstock

La mort d'un tout petit enfant laisse un vide immense. Mais dans le cœur de sa mère, sa place reste toujours marquée. Et les deux sont unis à jamais par l'amour de la mère et dans l'amour de Dieu.

 

Bénie soit la chance qui m'est donnée de t'écrire une lettre qui ne sera pas juste un envol évanescent de mes pensées vers toi, Léna, ma fille, dont le passage dans ma vie a été si bref, si intense aussi. Trois jours de vie, après huit mois où couchée, j'ai pu me consacrer à toi. Pleinement... C'est le mot juste !
Et ce que j'ai envie de te dire, c'est merci. Merci parce que tu m'as fait vivre une intensité spirituelle que je n'avais jamais atteinte. Tu m'as fait éprouver dans ma chair et dans mon cœur que, oui, l'amour est plus fort que la mort.
Quel magnifique bébé tu étais ! La plus belle de nous trois ont dit tes sœurs à ta naissance, et c'est vrai que tu étais parfaite, si l'on exclut cette petite chose infime et invisible qu'est cet enzyme que ton corps ne pouvait pas produire... Et qui est nécessaire pour vivre. Tu as vécu de ce que je t'ai donné, mais tu n'as pas pu prendre ensuite ta vie en main. Et tu es partie.
Mais voilà que dans ces jours terribles qui ont suivi ton départ, j'ai ressenti quelque chose dont je crois bien que je continue à vivre : j'étais comme enveloppée d'amour. Un amour manifesté par des individus bien incarnés bien sûr, mais aussi une chaleur qui venait d'ailleurs et qui m'a permis de tenir debout, de traverser ce désert de l'absurde, comme portée par une main qui m'a déposée, plus tard, sur l'autre rive. A bon port. Riche de cette expérience intense et fondatrice. Cassée, de guingois, mais entière. Plus forte et plus fragile à la fois.
Oui, il reste le manque, mais il n'est que la face amère de l'amour et à chaque fois qu'il me rattrape, c'est encore de la reconnaissance qui monte dans mon cœur, Dieu merci, l'amour ne meurt pas ! Il se fait encore sentir et m'aiguillonne !
Au travers de ce que nous avons vécu toi et moi, j'ai ainsi appris que le deuil est un mélange instable et parfois détonant de pleurs violents, de révolte, d'incompréhension, de sentiment d'absurdité totale, d'injustice parfois, qu'il est un travail peut-être; mais surtout un chemin. Que ce chemin, jamais je n'ai eu le sentiment d'y être seule. Cela ne l'a pas rendu plus facile. Mais possible. Et puis le deuil c'est aussi parfois une oasis de paix et de joie profonde, comme l’œil d'un cyclone, où même de temps à autre des rires s'invitent, incongrus, mais qui sèment des graines de vie dans un quotidien dévasté.
Ce que j'ai vécu là, avec les miens, avec toi, même si tu étais hors de ma portée, cette portion d'existence qui ne peut m'être ôtée, et que nous avons partagée, m'a ouverte à toute l'amplitude de ce qu'est la vie dans toutes ses dimensions. C'est une force que tu m'as offerte. Merci.
Ta maman qui ne cesse pas de t'aimer.

© Reveil-Spiritualité  octobre 2014