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Lettre ouverte à... (3) à une amie syndicaliste

[samedi 1 novembre 2014 00:00]

par Doris ZIEGLER

Reveil-Spiritualité : Lettre ouverte à... (3) à une amie syndicaliste © Shutterstock

Les conflits font partie de la vie. Plus on y entre tôt, plus ils ont des chances d'être constructifs, sans blesser. Ce n'est pas toujours dans les paroisses que l'on découvre cette vérité pourtant évangélique !

 

Chère Chantal. Quand je t'ai rencontrée, tu m'as beaucoup surprise et pas mal dérangée. Tu n'empruntais pas de chemins détournés pour faire connaître le fond de ta pensée ! Tu avais une façon d'appeler un chat, un chat. Et même si maintenant que je te connais bien, je sais que ce n'était pas forcément facile pour toi, que ce n'était pas par plaisir du combat, tu n'hésitais pas entrer en conflit quand cela s'imposait. Je ne parle pas seulement du conflit syndical, mais aussi des conflits entre personnes qui se côtoient, travaillent ensemble ou sont amies. Dans ton couple aussi, j'ai été témoin non pas de règlements de comptes, loin de là. Mais de mises au point sans détour. Avec toi, l'autre quel qu'il soit, sait à quoi s'en tenir.
Cela m'a effrayée au début. J'avais plutôt appris à me taire, à « prendre sur moi ». Ou à prendre trop de gants. C'est dans le monde du travail, guidée par ton exemple et celui d'autres collègues comme toi, que j'ai découvert les vertus et même l'obligation, pour pouvoir avancer, du conflit osé, ouvert. Te souviens-tu du premier conflit professionnel grave que nous avons dû affronter ensemble ? Il s'agissait de témoigner contre un collègue dont le mois d'essai était loin d'être concluant. Un homme sympathique par ailleurs, mais qui n'était pas à sa place. J'ai été obligée de parler, de prendre parti. Je l'ai fait... Et le ciel ne m'est pas tombé sur la tête. Ni sur la sienne d'ailleurs, puisqu'il a ensuite trouvé un travail qui lui convenait bien mieux...
J'ai pu analyser plus tard à quel point ma peur des conflits était liée à une mauvaise compréhension de la Bible en général et de l'Evangile en particulier. C'est toi, l'agnostique ignorant le moindre verset biblique, qui m'a permis de faire résonner de façon particulière certains textes bibliques, le jour où je les ai vraiment découverts. En Mathieu 5.23-25 par exemple, cette injonction à aller voir celui qui a des reproches à nous faire, pour lui parler, avant même d'offrir des offrandes à Dieu. La rencontre de l'autre, pour se réconcilier avec lui, est posée comme inséparable de la relation à Dieu. Et même comme condition pour pouvoir le prier correctement ! En Mathieu 18.15-20 est indiqué le chemin à prendre, en cas de conflit dans une communauté : avant tout, aller rencontrer l'autre, en tête à tête, et se parler. Les épîtres de Paul commencent souvent par les reproches qu'il a à faire à telle communauté... Ces reproches constructifs, ces admonestations fraternelles, font profondément partie de l'amour du prochain.
Des personnes comme toi, respectueuses de l'autre et franches, prêtes à risquer de fâcher parce qu'elles ne mettent pas les conflits sous le tapis, me permettent d'imaginer un peu mieux comment Jésus était, peut-être bien, au quotidien...

© Reveil-Spiritualité  novembre 2014