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Lettre ouverte à... (6) D'un fils à sa mère

[samedi 31 janvier 2015 12:53]

par Didier MEYER

Reveil-Spiritualité : Lettre ouverte à... (6) D'un fils à sa mère, © Shutterstock

Tu étais là, dimanche après dimanche. Epiphanie, Carême, Vendredi Saint, Pâques, Pentecôte, Avent, Noël : les temps de l’Eglise n’avaient pas de secret pour toi. Quel que soit le pasteur, bon ou moyen prédicateur, sans compter les cultes célébrés par les laïcs. Tu n’as jamais tenu de grands discours sur ta foi, aucune envolée théologique, aucune prise de position : tu aurais été un mauvais client pour les joutes des synodes. Tu te serais demandé à quoi bon discuter sur une virgule, l’éternité m’attend !
Aujourd’hui, on appellerait cela la foi du charbonnier. Tu avais la foi, ça c’est sûr. Probablement celle de Thomas, le disciple qui voulait voir avant de croire, celle de la rencontre vraie et sincère. Tu cherchais à croire, à augmenter ta foi. A faire du mieux possible pour plaire au Seigneur. Je me souviens : quand tu te préparais pour aller à l’église, on aurait pu croire que tu te rendais à une réception diplomatique. D’ailleurs, j’ai gardé ce respect pour le dimanche et l’endimanchement. Tu avais tes convictions, mais jamais un mot de trop. Je crois, point. Cela te concerne, c’est toi et une réalité qui s’inscrit dans le présent, ici et maintenant, le déjà et le pas encore.

Tu étais certes impressionnée par les professeurs de théologie : c’est des messieurs, des mesdames eux ! Pour autant, ils ne correspondaient pas à tes attentes. Des kilomètres de livres, de thèses, d’arguments, de querelles au sujet d’un mot, d’une expression. Inutiles ? Non, mais peut-on réellement grandir dans la foi ? Ton héros, après le Christ, c’était le pasteur. Le modèle, le référent, le confident. Jamais au grand jamais tu n’aurais osé le tutoyer. Et jamais tu n’as élevé la moindre critique. Tu croyais : tu ne savais pas pourquoi et comment, c’était comme cela, comme un don inné, on l’a ou on ne l’a pas. Tu as conjugué tout cela avec énormément d’amour. Aujourd’hui je m’en nourris. Parce que c’était ta force intérieure, c’était ce qui te tenait et qui te faisait te lever chaque jour, c’était ta raison de vivre. Tu avais répondu avec ce que tu étais, à la demande de Jésus : « Crois-tu cela ? » par un grand « Oui, je crois ! » Je sais que tu as été fière de moi, et le jour de mon ordination, tu étais là. Je ne voulais pas devenir ton héros, seulement être ton fils. Ce que je suis. Et dans tout ce que je fais, je me demande intérieurement : comment aurais-tu agi dans ce cas de figure ?
Tu t’es toujours recentrée sur l’essentiel : Jésus, mon Sauveur et mon Seigneur. C’est simple et c’est le contenu d’une profession de foi. Si c’est effectivement cela la foi du charbonnier, j’y souscris avec toi. Sans ajout, ni retrait, inconditionnellement. Il y a quinze ans tu as rejoint ton maître. Aujourd’hui je te dis : « merci » et merci plus encore à Dieu qui met sur nos chemins ses instruments d’amour.

© Reveil-Spiritualité - février 2015