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[jeudi 4 septembre 2008 01:00]

 

Passage

par Joël DAHAN

Que s’est-il passé cet été ? On t’a dit que tu pouvais vivre l’été autrement, vivre le sabbat, penser un peu à toi, prendre le temps au lieu de le subir, t’émerveiller de la création et la respecter.

Là, quelques photos de lieux extraordinaires et de rencontres inoubliables semblent n’intéresser que toi. Là, quelques coquillages secs au fond d’un seau de plage ont perdu l’éclat et les couleurs qui avaient tant émerveillé les enfants. Un peu plus loin, s’éparpillent les notes de péages et d’essence comme des bouts de testaments de la planète.

Que racontent ces heures de récits, ces carnets de voyages, ces photos et ces blogs en tout genre ? Un temps de ressourcement ou un temps d’activisme ? Un temps de retrouvailles ou un temps de fuite ? Un temps de dialogue ou un temps de repli ?

Que s’est-il passé cet été ? On t’a dit que tu étais un passeur de frontières, voyageur sur la terre, prêt à la rencontre inattendue. Et te voilà, à la rentrée, comme revenu à la case départ dans l’attente de prochaines vacances.

Pourtant, regarde bien, souviens-toi, « dégage les leçons du passé » (Psaume 78). Il s’est sans doute passé quelque chose, presque indicible, anodin, mais qui te fait reprendre le chemin autrement : cette parole avec un proche, cette rencontre avec une autre culture, ce livre dévoré, cette paresse assumée, ce corps enfin écouté… ? C’est arrivé presque clandestinement pour s’éveiller aujourd’hui comme l’explosion de joie de l’otage libérée.

Et si Dieu était un passeur ? Un passeur discret, privilégiant la nuit pour faire passer le marcheur confiant. Un passeur qui s’efface au petit matin, laissant un grand vide, une crainte, pour finalement laisser passer une grande joie et un grand apaisement chez celui qui a eu le courage de franchir la frontière. Un passeur qui ne se sert pas au passage, mais qui donne la nourriture nécessaire au voyageur. Un passeur qui tient ses promesses d’une terre promise qui n’est plus à conquérir, cultiver ou habiter, mais se reçoit comme une dignité à vivre en communion avec d’autres et avec la création.

Oui, Dieu est un passeur. Au-delà de toute norme, il appelle l’Homme à devenir clandestin par rapport à un cadre, une terre, une histoire que les hommes cherchent à sacraliser. Dieu est un passeur de clandestins, d’hommes et de femmes qui cherchent une « terre » pour exister, vivre une identité choisie, et s’étonner un jour de la légèreté du poids de la loi, de l’éducation, de la tradition familiale ou religieuse. Mais toi, veux-tu exister dans une identité façonnée par ce que tu as reçu, et vivante par tout ce que tu as passé et dépassé ? Quelle est la frontière réelle ou symbolique que tu as passée cet été et qui te fait rejoindre la foule des clandestins de Dieu ?

© Réveil - Méditation - septembre 2008