Imprimer

[mardi 4 novembre 2008 00:00]

 

La nuit

par Karin BURGGRAF

Nicodème était-il insomniaque ? Lorsqu'il est allé trouver Jésus, « de nuit », pour lui parler (Jean 3,2) qu'avait-il à lui dire de si important qui le tienne en éveil ?

Les questions qui surgissent la nuit s'accrochent comme des étoiles sur la toile de notre inconscient. Elles peuvent être sombres ou lumineuses, morbides ou créatrices de beauté.

Elles hantent nos veilles comme autant de cauchemars peuplés de démons intérieurs dérangés dans leur sommeil. Elles agitent nos nuits et les épuisent. Nuits d'ennuis qui s'enroulent comme une spirale où nous errons vers nos petites morts. Encerclés par les ténèbres, notre vue décline au pays de « la nuit noire ». Nos nuits deviennent froides, interminables et nous nous sentons mal. Dès lors il fait vraiment noir !
Les questions qui surgissent la nuit peuvent aussi nous mener au pays de la nuit blanche et féconde où ce qui est, n'est pas de toute évidence. Ce qui est, est à creuser, remuer, racler, gratter. Les veilleurs de la nuit sont des chercheurs de la Parole qui se dévoile. Ils se faufilent comme Nicodème pour se fondre dans l'opacité enveloppante et protectrice de la nuit.
Quand tout est éteint et que leurs yeux ne voient plus, les autres sens s'éveillent. Toucher, odorat, ouïe délaissent la paresse, et peuvent se mettre au diapason de la Parole naissante. Dès lors il fait plus clair !
Cette nuit là, Nicodème rencontre la Parole qui illumine et rayonne. Il effleure d'une caresse la présence de Dieu. Il s'est approché comme jadis Moïse « de la nuit épaisse où Dieu était », du lieu où Dieu parle à son peuple, « colonne de nuée le jour pour leur ouvrir la route », « colonne de feu la nuit pour les éclairer ».
Car Dieu vient la nuit et s'installe dans nos origines, nos rêves et nos mémoires. Il est la nuit ! Il est la première nuit du monde: « l'obscurité, il l'appela nuit ». Il est cette nuit là, et toutes les autres nuits. Il a vu le jour, la nuit de sa naissance sur la terre des hommes. Il est « dans la nuit où Jésus fut trahi », nuit ultime de solitude et d'abandon. Il est les ténèbres à l'heure de midi où gémit le cri : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as tu abandonné ? » Il est la déchirure du voile dans le temple de Jérusalem qui défait les frontières entre le profane et le sacré, le bien et le mal, le pur et l'impur, la nuit et le jour.
Et ainsi « il n'y aura plus de nuit, nul n'aura plus besoin de la lumière du flambeau ni de la lumière du soleil, car le Seigneur Dieu répandra sur eux sa lumière » (Apocalypse 22,5). Dieu vient dans la nuit de l'humanité et s'installe dans notre avenir...

Réveil - méditation - novembre 2008