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[jeudi 4 décembre 2008 00:00]

 

Patience

par Jean-Pierre GARDELLE

Un vieil homme, ce matin, se souvient d'une promesse. Il y a bien longtemps, en son cœur, en son esprit, mais sans pouvoir en donner l'équation, sans pouvoir en faire la démonstration, une promesse a frémi.

Oh ! Bien peu de choses, vraiment ! Juste une pensée, un souffle. Une inspiration aussi ténue qu'un rameau d'amandier dans la brume de fin d'hiver.
Depuis, le doute a soufflé ses gigantesques vagues comme autant de sombres menaces d'engloutissement. Mais quelle peut être la force d'un fugace souvenir, devant cette furie de tempête ? Tant et tant de voix hurlent leurs détresses ou leurs haines, leurs retentissants « pourquoi ? » sans fin, sans réponse.
Le vieil homme sait la lutte en lui-même, entre le fragile « tu verras », et ces déferlantes assénant violemment « non, tu ne verras rien, il n'y a rien à voir ! » Quand une vague est franchie, une autre déjà surgit, on ne voit pas l'horizon. Il sait l'énergie que lui a dévoré cette incessante lutte pour avancer, franchir l'une après l'autre les épreuves avec cette simple certitude : « cette promesse s'accomplira, je le crois ».
Sa force, l'a-t-il puisée dans la sagesse qui l'a poussé à passer une vague après l'autre ? Jamais il n'a affronté mille vagues à la fois, ni cent ni dix. Pourtant ce matin, dix mille menaces ont été franchies. Sa confiance a-t-elle pour racine le seul souvenir de la frêle fleur de l'amandier au froid matin d'un printemps encore en gestation ?
Aujourd'hui l'homme, paisible en sa vieillesse, n'accorde plus d'inquiétude aux jours qui lui restent. Peut-être ses yeux de chair ne contempleront pas ce moment, mais cela ne le trouble plus. Il a tant combattu, tant espéré, qu'il accepte de renoncer à voir ce qu'il croit. Enfin il sait, en son fragile souffle d'homme rassasié de jours, qu'il peut croire sans voir.
Il a partagé cette promesse avec quelques-uns. Certains l'ont moqué, d'autres ont espéré avec lui, puis se sont lassés. Ils n'ont pas eu la patience qu'il faut quand le temps est à Dieu. Il a partagé cette parole avec Anne. Elle est restée fidèle dans cette patiente attente, dans cette fermeté tremblante qui ne sait que ceci : « un jour, un jour, c'est sûr ! » (Claude Nougaro, texte de Frédérick Jézégou).
Ce matin il vient au temple, comme souvent. Du monde, de l'agitation, du bruit, dans le sanctuaire. Sacrifices d'action de grâce, de purification, offrandes... Soudain on dépose dans ses bras un petit enfant. Alors il n'y a plus de brouhaha, plus d'agitation, juste le calme émerveillement. Il bénit Dieu, et dit « Maintenant, Maître, tu laisses ton serviteur s'en aller en paix selon ta parole. Car mes yeux ont vu ton salut... » (Luc 2.25-39).
Le nom de ce vieillard était Siméon, et dans ses bras, Jésus.

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Prière


Tu as remis à Siméon, un instant pas plus,
Un corps, un visage, promesse de salut,
De joie et de vie, un enfant, simplement.

Tu as couronné Siméon d'un étrange diadème,
Un petit d'homme. Il attend un « je t'aime »,
De ses bras ouverts, bras d'enfant, simplement.

En cet instant, des années de patience
Ont été justifiées, en cette simple présence;
Le poids des ans s'efface devant l'enfant.

Un jour ou mille ans, du temps Dieu est roi.
Après une vie d'attente, de lutte et de foi,
Il a porté dans ses bras l'Enfant, simplement.


© Réveil - décembre 2008