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Ma prière (10) Pour les méprisés

[mardi 31 mai 2011 16:17]

Ma prière (10) Pour les méprisés

par Emmanuelle SEYBOLDT, pasteur

Le mépris a inspiré de grandes œuvres, littéraires ou cinématographiques. Mais dans la vie, le mépris broie quotidiennement des hommes, des femmes, des enfants.

Dieu père, je viens à toi, écrasée par la souffrance de tous ceux qui sont méprisés et dont je croise la route chaque jour.
Je te présente ce garçon de huit ans. Quand je lui demande son nom, les enfants de sa classe répondent pour lui. « Lui, c'est le méchant. La maîtresse l'appelle comme ça ». Seigneur, comment va-t-il grandir cet enfant, déjà classé, étiqueté ? Pour tous les enfants insultés, battus, humiliés, pour tous ces enfants que les adultes ne respectent pas et qui sont ainsi piétinés dès leur tendre enfance, je te prie. Que leur route croise des instituteurs bienveillants, des enfants accueillants, des voisins ouverts.
Dieu père, je te présente cette femme de quarante ans. Elevée à coups de poing, elle s'est enfuie de chez elle à 17 ans. Elle a eu trois enfants, tous placés, plusieurs hommes, tous violents et alcooliques. Elle dit d'elle-même qu'elle est une « moins que rien », que sûrement elle ne mérite pas de vivre puisqu'elle ne peut pas s'en sortir. Elle n'ose pas se défendre contre ceux qui la maltraitent. Quand elle s'est défendue, c'est elle qui est allée en prison. Elle ne veut pas y retourner, alors elle « s'écrase ». « Le pire, dit-elle, c'est le mépris que je lis sur le visage des gens que je croise. Je vois bien que je suis une m... Pour les gens comme nous, la justice n'existe pas. On n'a pas le droit de protester. Ton Dieu, je pense qu'il m'en veut. Je ne sais pas ce que je lui ai fait, mais il m'en veut ». Seigneur, comment lui faire entendre que tu l'aimes, quand elle-même a intégré le mépris de la société à son égard ? Inspire-moi des mots et des gestes qu'elle puisse accepter sans se sentir assistée.
Dieu père, je te présente mes amis, mes frères et sœurs de Côte d'Ivoire. C'est un peuple entier qui est méprisé, tenu pour quantité négligeable, assassiné, pillé, terrorisé. Au nom de quoi ? Le silence des journaux aujourd'hui, alors que les massacres continuent, est presque plus méprisant encore que les informations partiales et partielles dont nous avons été abreuvés pendant des jours. Dieu père, pour tous les peuples réduits au statut de jouet dans les mains des puissants, je te prie. Aide-nous à prendre la parole pour nos frères qui en sont privés.
Le mépris fait des ravages, en silence. Il détruit petit à petit une société prétendument fraternelle. Il est une machine sans visage, dont les mains anonymes de l'administration traitent les demandes qui lui parviennent avec l'humanité d'un robot. Il est un message enregistré sur le répondeur des urgences. « Vous êtes en train de mourir ? Tapez 1 !... »
Dieu père, au secours ! Chaque jour, l'exigence de rentabilité broie des êtres humains, quantité négligeable de l'entreprise. Où donc s'arrêtera le mépris ? Seigneur, viens à notre aide.

Réveil - Méditation et prière - juin 2011