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Image (2) : Comme l'aigle

[dimanche 2 octobre 2011 16:25]

Image (2) Comme l'aigle

par Luc-Olivier BOSSET, pasteur

Dans cette série de méditations à partir d'une photo, le récit qui suit s'inspire du chapitre 3 du livre des Actes des apôtres et de l'image de l'aigle dans le livre du prophète Esaïe. « Ceux qui espèrent dans le Seigneur renouvellent leur force. Ils prennent leur vol comme des aigles » (Esaïe 40.31).

Meditation1110

A propos de cette phrase du prophète Esaïe, écoutez ce qui m’est arrivé aujourd’hui… Je m’appelle Ruben et je suis marchand d’épices. Fatigué par des semaines de travail harassant, j’avais décidé d’aller à la prière de la neuvième heure au grand temple de Jérusalem. Chemin faisant, au lieu de me sentir aigle, je me sentais plutôt l'âme d’un poulet. Un de ces poulets qui remuent de l’air, mais qui ne volent pas très haut. Et avec mon âme de poulet, je regardais les êtres et les choses autour de moi. Autant dire que j’avais de la peine à les regarder en prenant de l'altitude. Tiens par exemple, cet infirme de la Belle porte (Actes 3) qu’on disait être boiteux depuis le ventre de sa mère, je le voyais comme un personnage faisant partie du décor. Evidemment, puisque chaque jour on le mettait là, à la porte du temple.
Mais ce soir, après avoir observé ce Pierre, un vrai campagnard galiléen, je me rends compte combien mon manque d’altitude avait tronqué ma perception des choses. Et combien, de cette perception tronquée, découlait une foi timide, comme étouffée par les bruits multiples de ma vie agitée.
Au fond, ce que ce Pierre m’a appris aujourd’hui, c’est qu’en considérant ce mendiant comme faisant partie du décor, je l’avais réduit à n’être qu’un boiteux mendiant, c’est-à-dire une pâle caricature de ce qu’il est vraiment.

Un été à nouveau est passé, et avec lui toute une année de vie avec ses lumières et ses ombres.
Un été qui peut-être m’a permis de poser devant Dieu mon agitation et mes inquiétudes, et de découvrir que la fidélité du Seigneur est d’une grande constance : sa compassion ne finit jamais !
Alors, aux premiers jours de septembre, entre l’été qui se traîne et l’automne qui s’annonce, j’ai dit : le Seigneur est ma part, c’est pourquoi je l’attends.
Je l’attends car même si l’agenda d’une nouvelle « rentrée » et le planning d’une nouvelle « saison » d’activités sont déjà prometteurs de rencontres et de témoignages, tout ceci n’a en fait aucun sens si le Seigneur ne m’y rejoint pas. Et cela je ne le sais pas d’avance. Je ne peux que l’attendre, l’espérer, l’appeler. Je ne peux qu’en nourrir ma prière.

Cet infirme n’osait pas regarder les personnes auxquelles il demandait de l’argent. Mais Pierre s’est arrêté et a fixé le mendiant : « Regarde-nous ». L’homme a relevé la tête, s’attendant sûrement à recevoir quelque chose. A ce moment-là, Pierre lui a dit : « De l’or ou de l’argent, je n’en ai pas ; mais ce que j'ai, je te le donne : au nom de Jésus le Nazaréen, lève-toi et marche ! »
En disant cela, j’ai vraiment eu l’impression que ce Pierre, cet homme sans apparence, se comportait comme un aigle planant majestueusement dans les airs. Et à l’altitude à laquelle il planait, il voyait loin. Plus loin que toutes les représentations qu’on pouvait se faire de cet homme, il le regardait à partir de l’horizon des promesses de Dieu : « Qu’ils se réjouissent le désert et la terre aride ; on verra la gloire du Seigneur, la splendeur de notre Dieu ; le boiteux fera des bonds de cabri, la langue du muet chantera de joie ! » (Esaïe 35.6).

Tout à coup, toute une puissance de vie s’est engouffrée dans ce regard et a ouvert des brèches. Vous ne me croirez peut-être pas ; mais j’ai vu ce boiteux debout, entrer dans le temple, lui qui était à son seuil depuis tant d’années, en bondissant comme un cabri et en louant Dieu… Les rides désabusées de son visage se sont craquelées laissant apparaître dans son regard une expression lumineuse que je ne lui avais jamais vue auparavant.
Oui, aujourd’hui, Pierre m’a appris à vivre comme l’aigle vole, c’est-à-dire à déployer les ailes de ma foi et, en me laissant porter par le souffle des promesses de Dieu, à prendre de l'altitude pour percevoir chez l’autre, derrière ses traits marqués par les épreuves de la vie, son visage insaisissable, sa beauté unique.

Réveil - Méditation et prière - octobre 2011