Imprimer

Image (6) Instant figé

[mardi 31 janvier 2012 10:39]


par Christophe SINGER, pasteur

Meditation1202





Ces deux hommes sont posés là, bien à leur place. Le mythe du « métro-boulot-dodo » les veut en effet ainsi : deux objets, aussi indispensables à la situation que les affiches en arrière-plan, les barres chromées, le skaï fatigué qu’on imagine hors champ et même le discret et pourtant trop voyant sens interdit – la place du voyageur, ou plutôt de « l’usager », est dans la rame, pas entre les wagons… Et surtout pas sur les rails !
Et puis, bien sûr, voici d’autres mythes : l’un est blanc, l’autre noir. On devine l’un pauvre, l’autre riche… Tiens ! Ce n’est pas, respectivement, celui que l’on croyait : là au moins, la photo fait preuve d’originalité ! Là où elle respecte le mythe, cependant, c’est dans cette indifférence supposée : chacun perdu dans ses pensées, usagers du même métro, voyageurs, dans leurs têtes, de voyages bien différents, sans doute. C’est comme cela que doit être le métro pour garder sa réputation de haut lieu (paradoxe !) de la déshumanisation des humains civilisés.
À moins que… Finalement, que sais-je de ces deux hommes dont la technique a figé cet instant ? Ces discours qui me viennent à leur propos, ce ne sont que les refrains entendus ici et là : ce que la pensée commune pense du métro, des blancs et des noirs, des riches et des pauvres, de la solitude, de la tristesse quotidienne du Parisien moyen… ou de la mienne !
Et si jamais c’était faux ? Si ces deux hommes, je veux dire, les vrais, ceux dont l’image semble avoir été volée ici, pour servir de prétexte à mon texte, si les hommes vivants ainsi épinglés comme des papillons morts étaient en fait les meilleurs amis du monde, qui prennent tout simplement une petite pause au milieu d’une discussion animée, vivante, enjouée, souriante ? Il n’y a rien de plus menteur qu’une image figée, taillée, qu’une idole de papier glacé affublée des idées toutes faites à la mode, qui se croient toujours contre la mode.
Oui, il y a ce qu’on voit, et ce que l’on pense de ce que l’on voit. Il y a l’image, et l’imaginaire qui la travaille, prétend lui donner un sens… Et puis il y a la vérité. Qu’est-ce que la vérité ? Ma foi, pour ce qui concerne ces deux hommes, j’ai bien l’impression qu’elle me restera à tout jamais cachée, car le seul moyen de la connaître, ce serait de leur poser la question ! Mais on ne pose pas de question à une image.
Et pourtant, il est une vérité encore plus vraie que toutes les réponses qu’ils pourraient me donner, si par le plus grand des hasards je les rencontrais demain : la vérité d’une parole qui les appelle et donc les nomme. Cette parole a pour nom Jésus, le Christ.
Alors l’image se met à danser la danse de la foi… Alors elle se déchire en quelque sorte me laissant entrevoir, derrière les idées toutes faites sur les humains et donc sur moi-même, une joie, une attente, une aventure qui nourrit même les situations les plus banales. Alors un trajet en métro peut devenir une marche joyeuse vers les horizons promis, donnés !

Réveil - Méditation et prière - février 2012