Imprimer

Irène Schaerer : une architecte au service de l’Eglise

[vendredi 30 mai 2014 00:00]

par Françoise PERRIER-ARGAUD

 Irène Schaerer © I. SchaererArchitecte de profession, s’adonnant au dessin et à la peinture, cette paroissienne engagée très jeune dans la vie de l’Eglise a usé de ses talents spirituels pour la construction de l’Eglise universelle. Après de plus de dix ans de responsabilités régionales, elle aspire à redevenir, pour un temps, une paroissienne lambda.

« Elargie l’espace de ta tente, déploie sans retenir les toiles de ta demeure, rallonge les cordages, renforce les piquets » (Esaïe 54.2). Si ce verset est le verset fondateur de la Cévaa (Communauté d’Eglises protestantes en mission), il est aussi celui où se puisent les convictions religieuses d’Irène. Bâtir, construire, elle connaît, dans son milieu professionnel. Et ce qui l’intéresse dans son métier, ce n’est pas tant la construction de bâtiments, mais c’est construire pour des gens, c’est s’interroger sur ce qu’on va y faire à l’intérieur. Bâtir, construire, elle connaît aussi dans l’Eglise. Ses divers engagements l’y ont conduite.
Arrière petite-fille de missionnaire en Nouvelle-Calédonie, petite-fille de pasteur, fille de médecin, aînée d’une fratrie de cinq enfants, elle a reçu l’éducation religieuse de l’Eglise réformée des années 1970 qui était un appel à l’engagement citoyen, un engagement dans la société et, en pendant et non en opposition, une éducation religieuse familiale plus évangélique. Elle a puisé dans ces deux sources pour avancer dans la foi et dans l’Eglise. Cela a une incidence sur sa manière de se comporter dans sa vie toute entière. Elle n’hésite pas à parler de sa foi dans son milieu professionnel, se sent libre de dire ce qu’elle vit dans ses engagements religieux. Ce n’est pas une personne prosélyte, mais elle n’a pas peur de témoigner.

Vers une Eglise sans frontières
Confrontée très jeune à la vie de diverses communautés religieuses dans sa paroisse à Grenoble, notamment les étudiants africains fréquentés à la « Fédé » (Fédération française des associations chrétiennes d’étudiants) et un séjour après le bac chez les Quakers américains, Irène s’aperçoit que les différences de langues, de traditions, de cultures des autres chrétiens sont source d’enrichissement pour sa foi et, comme elle l’exprime : « Je le vis donc comme une bénédiction et non une malédiction ». L’Evangile est, selon elle, « une force qui nous rassemble et nous rapproche les uns les autres ». La « Fédé » n’était pas qu’un rassemblement de copains, c’était un mouvement qui engageait la responsabilité et l’ouverture aux autres, avec un approfondissement de la foi (prière, lecture en commun de la Bible, prédication). Et c’est important pour elle de le vivre en communauté, locale bien entendu, mais aussi plus loin, ailleurs… que ce soit au niveau régional, national ou international.
Son histoire familiale avec la mission lui rend une oreille attentive à ce mouvement. Son cheminement de rencontres avec les réfugiés, les étudiants africains, des séjours au Togo dans le cadre du Mouvement chrétien pour la paix l’ont amenée tout naturellement à se soucier de la mission. Responsable mission au sein de la paroisse, déléguée au Défap (service protestant de mission), puis à la Cévaa, membre de la coordination régionale, Irène a vécu ces fonctions plus comme un appel qu’elle a entendu et accepté, comme un don qu’elle a reçu, que comme une vocation.

Un ouvrage prometteur
« La région CLR a un riche potentiel humain partage Sophie, parfois freiné c’est vrai, par la crainte exprimée de la part de quelques-uns de quitter un modèle traditionnel (on a toujours fait comme ça !), rassurant et identifiant ». L’Eglise nouvelle est cependant déjà un tremplin pour de nouvelles expérimentations, comme par exemple l’engagement des laïcs, le travail lancé en équipes sous forme de pôles, l’ouverture et l’engagement de communautés invitées à travailler ensemble. « Nous sommes en chemin, nous devons y croire encore un peu plus ! »
La place du « gouvernement régional », comme celui des équipes (jeunesse, mission, communication, œcuménique, diaconale) tiennent lieu de cellules de veille, remaillées* chacune dans un souci de l’autre, de tous les autres. Le corps pastoral lui se manifeste uni et se fait l’écho régulièrement des richesses et parfois des tensions rencontrées. L’ouvrage se brode donc patiemment pour « faire Eglise en région ensemble », dit Sophie.

Une mission à double face
Le travail à la Cévaa et celui de la coordination régionale semblent être situés sur deux entités séparées. Il n’en est rien. Ils ont le même défi à relever : être un, ensemble et différent. Les Eglises de la région sont extrêmement diverses, comme le sont les multiples Eglises de la Cévaa, mais elles proclament toutes qu’elles sont ensemble dans la même Eglise. Eglises de la Cévaa et Eglises des consistoires, ce sont des unions d’Eglises qui essaient de vivre ensemble. Elles éprouvent les mêmes joies quand les choses arrivent à se partager et les mêmes difficultés quand il y a des tensions et des conflits ; elles n’ont ni plus ni moins le désir ou l’habitude de travailler ensemble. Mais il y a beaucoup d’engagements vrais de la part de ces Eglises, un dynamisme ; il y a des personnes qui ont une espérance incroyable pour continuer à construire l’universalité de l’Eglise.

Un ancrage dans la communauté locale
Ses engagements précoces auprès des instances ecclésiales, nationales puis internationales l’ont éloignée de l’implication ordinaire de la vie paroissiale. Cela lui a manqué car elle considère que cela n’a pas de sens d’être dans ses organismes s’il n’y a pas d’appartenance à une Eglise locale pour partager sa foi au quotidien. Avec un déménagement à Vienne, dans l’Isère, suite à une nouvelle orientation professionnelle, son remplacement à la coordination par Catherine Bergeron, elle redécouvre la vie paroissiale. Elle a le souci et le plaisir de redevenir une paroissienne ordinaire et de vivre la communauté à part entière. Elle vit le lieu de l’Eglise locale comme un lieu d’amitié, comme un lieu d’intégration. Elle se sent plus appartenir à la communauté viennoise par son appartenance paroissiale que par son appartenance professionnelle : « Quand on arrive, on se retrouve un peu chez soi quand on vient d’ailleurs et que l’on est tout d’un coup dans un monde où on ne connaît pas les gens ».

© Réveil - Rencontre avec - juin 2013