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Pierre-Emmanuel Mérand : Dans l’intervalle entre communication et information

[mercredi 30 avril 2014 00:00]

par Anne AMALRIC

Réveil - Rencontre avec Pierre-Emmanuel Mérand © P.E. MérandRencontré à Montpellier comme intervenant à une soirée de la Margelle sur le thème « Faut-il avoir peur de la presse ? », Pierre-Emmanuel Mérand, le rédacteur en chef du journal « Eglise en pays d’Hérault »* a bien voulu nous parler de son itinéraire, de son journal, et de sa vision de l’avenir de la presse écrite.

Titulaire d’un DEA d’histoire, et à la recherche d’un emploi, Pierre-Emmanuel a d’abord trouvé un poste de journaliste à RCF (Radio chrétienne en France) Vendée, où il est resté un an et demi. En alternance avec une autre personne, il présentait tous les matins ou soirs, le journal pour lequel il préparait un sujet, et recevait un invité.
Par la suite, dans la même région, et pendant deux ans et demi, il a découvert un autre versant du journalisme : l’écriture, au travers du journal que le Conseil général de Vendée distribuait gratuitement deux fois par mois dans toutes les boîtes aux lettres du département (pour environ 250 000 foyers). Dans ce cadre, il produisait des articles purement institutionnels en suivant un élu, ou en allant à la rencontre d’entrepreneurs pour les faire valoir. Il se situait, comme il aime à le dire : « à l’interstice entre la communication et l’information ».
Mais comme « il ne se voyait pas travailler pour les hommes politiques », il a souhaité faire une nouvelle expérience, et a postulé pour le poste de rédacteur en chef d’« Eglise en pays d’Hérault » qu’il occupe depuis trois ans et demi.

Repère

Premier média « de masse » à être apparue dès la Renaissance, la presse écrite perdure, mais traverse des turbulences. Concurrencée par divers médias dont Internet, confrontée à de nouvelles habitudes du traitement de l’information, du rapport à l’écrit, elle cherche un nouveau souffle. Les différents rapports mettent en avant la baisse régulière de la diffusion et de l’audience de la presse, la stagnation de ses revenus publicitaires qui affaiblissent son assise économique.
Si aucun média n’a encore remplacé un média existant, en revanche ces différents véhicules médiatiques poussent chaque média à réfléchir à son contenu, à la pertinence de sa ligne éditoriale et aux possibilités de mutualisation. Vos magazines Echanges, Réveil, le Cep dépendent entièrement de vous, lecteurs. Merci de soutenir votre mensuel en vous abonnant !

Un journal « officiel »
Créé en 1870, le journal qui s’appelait alors « la Semaine religieuse » s’adressait essentiellement au clergé pour l’informer des changements ou nominations intervenus dans le diocèse. Aujourd’hui, c’est encore une des raisons d’être d’« Eglise en pays d’Hérault » ; en tant que support juridique, il est archivé et peut servir, le cas échéant de preuve. Comme le dit Pierre-Emmanuel dans son jargon, le journal sert « d’acte de chancellerie ».
Ces informations concernant le Vatican, l’Eglise de France, les officiels du diocèse et les agendas, constituent « Les essentielles » occupant deux pages du journal.

Un public « ciblé »
« Eglise en pays d’Hérault » est un journal de 16 pages qui paraissait tous les quinze jours, mais qui est devenu mensuel, et qui est adressé à 1 000 abonnés aujourd’hui. « Ce n’est pas une revue pour les jeunes, dit Pierre-Emmanuel : c’est à la fois une réalité et une volonté… »
Le journal s’est fixé trois objectifs parmi lesquels participer par ses textes et ses images à la vie et au dynamisme du peuple de Dieu, informer et porter témoignage de la vie et des activités des paroisses, des mouvements et des services enfin, être le porte-parole de la communauté chrétienne catholique.
Plus concrètement, le journal s'ouvre sur un éditorial rédigé par les deux évêques. « Cela aurait beaucoup moins d’impact si c’était moi qui le rédigeait » précise Pierre-Emmanuel.
Suivent les nouvelles du diocèse très largement développées, échos de ce qui s’est passé ici et là, « les gens veulent communiquer leur petites réunions et envoient les infos ». A partir de là, Pierre-Emmanuel essaie de donner une intelligence globale au vécu du mois, avec l’aide d’une thématique, en donnant des exemples, mais s’accompagnant de brèves incisives et de quelques encadrés pour des temps « qui en valaient vraiment le coup ! »
Cette partie a été repensée depuis que le journal travaille en doublon avec le site internet. « Il faut créer une intelligence » entre l’information brute qui arrive et que Pierre-Emmanuel publie immédiatement sur le Web, et ce qu’il glisse dans le journal, et qui là suppose un vrai travail de fond. Le journal devient donc une vraie complémentarité.
« Eglise en pays d’Hérault » possède aussi un dossier monté sur une période liturgique ou sur un mouvement dans l’église (comme la pastorale familiale, ou la pastorale de la santé), voire des thématiques plus précises comme la rencontre avec une équipe de soins palliatifs, ou avec des « militants » de l’œcuménisme. Mais le dossier n’est jamais un portrait, sauf s‘il s‘agit d‘une « figure » du diocèse décédée. Il faut que ces sujets intéressent à la fois des laïcs un peu éloignés de l’église et en même temps, il faut « coller » à ce que les prêtres et « les fidèles » laïcs attendent…

Médias en tension
Comme le reconnaît Pierre-Emmanuel, le développement d’internet a changé « la donne » pour le journal, qui se trouve concurrencé par le site du diocèse sur lequel sont annoncées les rencontres, réunions et manifestations des différentes paroisses, et ceci rapidement.
A partir du moment où on lui a demandé de développer le site internet, notre rédacteur a été obligé de ré-agencer l’information de manière différente. Il a pensé davantage un magazine avec des sujets de fond, des articles de qualité, plutôt qu’une information brute sans analyse. Il avoue que si la revue décline de plus en plus c'est parce qu’elle est dans une formule d’information qu’aujourd’hui on trouve sur internet. « Si on remet sur papier le contenu d’internet, le contenu du papier n’a plus de sens », il n’est que le suppléant du site internet. Il continue donc de travailler avec deux outils de communication, mais traite l’information différemment. Il préfère d’ailleurs la formule papier parce qu’elle permet de donner une intelligence à l’information, beaucoup plus que le site internet qui ne laisse au lecteur que quelques données brutes. Il parie donc sur le « bi-médias », bien que pour lui « le support papier reste une valeur noble, le spectacle du beau ». Il croit en l’avenir de la revue.

* « Eglise en pays d’Hérault » : journal diocésain catholique

© Réveil - Rencontre avec - mai 2014