Imprimer

Michel Théron : « Quand les mots disent la quête du sens… »

[samedi 30 août 2014 00:00]

par Anne HEIMERDINGER

Réveil - Rencontre avec Michel Théron © DRComment rendre compte d’une rencontre sympathique, riche en réflexion et riche d’images partagées ? L’écrivain lunellois Michel Théron a ouvert sa porte pour dire sa faim de rencontres, sa soif d’échanges avec ses lecteurs, ses auditeurs, ces gens rencontrés à l’occasion d’une conférence…

Michel Théron n’en est pas à son coup d’essai. Il vient de publier aux éditions Dervy Méandres de l’amour – Éros et Agapè, mais compte déjà plus d'une quinzaine de livres publiés à compte d’éditeur. Agrégé de lettres, docteur en littérature française, professeur honoraire de Première supérieure et de Lettres supérieures au Lycée Joffre de Montpellier, cet homme plein de surprises n’a pas posé sa réflexion ni sa plume à l’occasion de sa retraite en 2005, bien au contraire. Depuis plus de six ans, il est un fidèle chroniqueur à la radio FM Plus à Montpellier. C’est aussi un conférencier, un contributeur régulier au journal hebdomadaire Golias Hebdo, et à la revue bimestrielle Golias Magazine. Passionné de poésie, de mots et d’images, il a gardé son envie de partager avec les autres son savoir, ses réflexions, la fréquentation de ses maîtres à penser et ses passions. Il tient à jour son blog culturel et littéraire avec l’envie de rencontrer son public et, au-delà, de susciter l’échange.

Repère

Parmi les ouvrages parus :
*Petite philosophie de l’actualité (livre électronique), Le Publieur, Paris, 2014
*Cours de stylistique en 99 leçons (livre électronique), Le Publieur, Paris, 2014
*Méandres de l’amour – Éros et Agapè, Dervy, Paris, 2014
*À l’ombre de la Bible – Scènes de vie, Golias, Villeurbanne, 2014
*Une voix nommée Jésus – L’Evangile selon Thomas, Dervy, Paris, 2010
*Théologie buissonnière, deux volumes, Golias, Villeurbanne, 2007 et 2010
*La Source intérieure, édition augmentée, Golias, Villeurbanne, 2008
*Petit lexique des hérésies chrétiennes, Albin Michel, Paris, 2005
*Les deux visages de Dieu – Une lecture agnostique du Credo, Albin Michel, Paris, 2001
*Initiation à l'art, Ellipses, Paris, 1993
*Comprendre la culture générale, Ellipses, Paris, 1991

Mélange, c’est l’esprit*
Quand Michel Théron échange sur la lecture et l’écriture, son regard s’accroche au vôtre : « La lecture sauve l’âme, c’est le seul recours quand tout semble perdu ». Et de citer Montesquieu : « Je n’ai jamais eu de chagrin qu’une heure de lecture n’ait dissipé ». La lecture ouvre l’esprit à la découverte et évite l’ankylose d’une bulle personnelle, parfois douloureuse. Capitale aussi est la possibilité d’écrire ce que l’on sent, « car l’écriture permet de s’en délivrer par la verbalisation clarifiée, la prise de conscience consécutive à l’objectivation ainsi permise, et aussi parfois par le simple pouvoir cathartique de la mise en mots ».
Pour Michel Théron, tout se lie dans et à travers l’esprit. Tout s’y tient et tout y est mélangé. C'est peut-être pour cela que ses domaines de recherche sont vastes et infinis : le monde des idées, celui de la stylistique et de l’esthétique, celui de l’image fixe et aussi de la vidéo. Ces derniers alimentent sa réflexion sur les rapports du visible et du verbal. Il cite l’exemple d’un dialogue sur l’esthétique : « Celui-ci peut contenir des implications théologiques, d’autres spirituelles qui sont nécessaires à sa compréhension. Et à l’inverse, un texte sur la religion peut contenir des références artistiques qui, ne sont absolument pas des parenthèses, mais sont constitutives du sujet lui-même, etc. Tout se tient en réalité, et une approche strictement disciplinaire de chaque domaine peut être catastrophique ». Comme il aime à l’écrire : « Le vent souffle où il veut… »

Se cultiver
La culture générale, la culture religieuse et la spiritualité stimulent sa curiosité et sa faim de trouver l’homme derrière les récits et leurs expressions imagées. Pour cet écrivain, observant que « l'intolérance religieuse et les affrontements confessionnels gagnent du terrain dans le monde », il est urgent de lutter contre la déculturation, à la source de bien des conflits entre humains. Il a donc entrepris des recherches sur la culture religieuse chrétienne, publiant un livre sur le Credo, un autre sur les hérésies chrétiennes, d’autres présentant les différentes approches théologiques. Dans ses écrits, il tient cependant toujours à sa position de laïc.

État d’être
Michel Théron évoque un sujet d’étude et de réflexion qui lui est cher : la gnose, qui ne cesse de renvoyer l’homme à la connaissance. Une connaissance prise au sens du Nouveau Testament, celle de la circonstance, du moment opportun ou encore appelé : le kairos. Ou comment percevoir dans un temps particulier quelque chose d’essentiel pour sa vie. « Ce qui m’intéresse c’est l’attitude gnostique face à la vie, ses refus et ses choix. Aux gnostiques, le monde apparaît comme un immense puzzle, une anagramme à reconstituer, un miroir brisé », écrit-il sur son blog.
L’Évangile selon Thomas, un recueil des paroles (logia) de Jésus, auquel il a consacré un ouvrage (Une voix nommée Jésus, Dervy, 2010), lui confirme ce qu’il partage très simplement : le but du jeu c’est de se trouver disponible au bon moment pour goûter la richesse du présent qui déjà n’est plus. C’est reconnaître ces moments d’éternité ressentis en regardant un paysage, en tombant amoureux, qui donnent à l’existence toute sa saveur et aussi toute sa mélancolie, qui lui donnent du prix. Apprivoiser de tels moments est une école qui apprend à faire face à soi-même, à s’appartenir, à considérer la solitude, non plus comme une ennemie, mais comme un lieu à la fois refuge et de connaissance de l’infini.

Pour mieux rencontrer
La rencontre de l’autre est à ce prix. Se connaître pour aborder l’autre, le prochain, s’aimer soi-même d’abord pour pouvoir mieux aimer l’autre ensuite.
Le temps d’une rencontre et d’un échange justement, le temps s’est suspendu ; il s’est désolidarisé de la contrainte pour ne garder que le meilleur : recueillir un souffle, celui de l’infinie présence qui inscrit notre humanité dans plus grand, plus haut, plus large. Et ce hors-temps pour vivre a besoin de se partager. Michel Théron a insisté pour que je relaie son envie de rencontrer et de discuter autour d’une conférence, d’un partage pourquoi pas, pour vivre avec vous ces moments rares et précieux qui nous construisent humains. Vous pouvez prendre contact avec lui sur son blog : www.michel-theron.fr et mieux faire sa connaissance à travers ses ouvrages, tous passionnants.

*Aphorisme de Paul Valéry

© Réveil - Rencontre avec - septembre 2014