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Raymond Dodré : Témoin de l'amour et de l'humour de Dieu

[mardi 30 septembre 2014 00:00]

par Doris ZIEGLER

Réveil - Rencontre avec Raymond Dodré © DRInattendu. Ce mot, accompagné d'un sourire à la fois amusé et vraiment étonné, revient souvent quand Raymond Dodré évoque sa vie. Rien ne s'y est passé comme prévu. Et ce pasteur et théologien en retraite active y voit autant de clins d’œil de Dieu.

Son père est mort avant sa naissance. Parce qu'il était divorcé et remarié, le curé de son village de Picardie n'a pas fait l'enterrement. Un pasteur est venu et a su trouver les mots face au désarroi de la jeune future mère... Voilà pourquoi Raymond a été baptisé protestant et élevé dans une famille très protestante !
Il vit les prémices de sa vocation au Collège Cévenol, en 1955-56. Il se souvient du pasteur invité quatre soirées de suite, dans le cadre d'une mission de réveil. Il cite par cœur les versets de Tite 2.11-14 qui ont été étudiés au cours des quatre soirées et qui lui ont parlé spécialement. « Dans ces versets tout est dit : la grâce, l'incarnation, l'espérance du Règne de Dieu ». Une de ses obsessions sera, une fois pasteur, d'être capable à son tour de faire résonner pour d'autres cette Parole qui l'a mis en route. Cette Parole qui prend vie « si elle est transmise par quelqu'un, avec des mots d'aujourd'hui mais qui ne changent rien au sens». Ce désir motive son engagement dans l'aumônerie protestante des artistes de Marseille. Comme il l'avait conduit à s'intéresser au Parvis des Arts, lieu où la Parole est portée à travers l'art, le théâtre, la culture.

Repère

*Le Centre « Jane Pannier »
Ce centre, situé tout près de la Canebière, vient en aide aux jeunes filles et aux femmes en difficulté : hébergement, soutien matériel, moral, professionnel - tout ce qui peut les aider à se réinsérer. Jane Pannier (1876-1944), née Jane Schloesing à Marseille, était une protestante engagée, première présidente de la Cimade.

*Le Centre « Jane Pannier »
*« L'Académie de Marseille ». Fondée en 1726 par Louis XV, elle regroupe quarante personnes, professeurs en retraite, de lettres, droit et médecine, architectes et peintres, répartis dans trois départements : lettre, science et art.

Une théologie vivante
La priorité dans son ministère a donc été, outre les visites, la prédication. Les théologiens qui l'inspirent sont nombreux. Etudiant, on le traitait de « néo-calviniste » ! Il aime la manière dont Calvin réintroduit ce qui est présent dans l'Ancien Testament et que le christianisme n'a pas contredit : le sens de la communauté, l'éthique... Il cite Jacques Ellul et Gabriel Vahanian, avec leurs analyses complémentaires – et tellement actuelles – sur les risques et enjeux de la société technicienne. De Dietrich Bonhoeffer, il retient la tension entre grâce et exigences du sermon sur la montagne, et ce Dieu qui se révèle dans la faiblesse et non dans la force. « Seul un Dieu qui souffre peut venir en aide à l'humain ».
En ce moment, c'est Jürgen Moltman qui le nourrit: « Je lis tout ! ». « La promesse du retour du Christ ne doit pas nous empêcher de comprendre qu'il n'est pas absent : il vient, il advient, c'est un Avent perpétuel. Jésus de Nazareth est l'incarnation de Dieu dans notre condition humaine, il nous y rencontre. Mais il rencontre aussi la Création, la nature... » Plutôt piétiste, Raymond a pris conscience qu'il n'est pas juste de tout centrer sur soi : la grâce de Dieu, la théologie de l'espérance, concernent l'univers. La résurrection du Christ est le signe du rétablissement de tout ce que la mort a séparé, sa réalité atteint l'ensemble de la Création. Il cite encore Oscar Cullman et sa vision du Royaume « déjà là et pas encore » : le temps que nous vivons et celui de la venue du Royaume de Dieu s'entrechoquent. Nous attendons ce qui est déjà réalisé ! Mais par le Saint Esprit, nous découvrons ce qui est déjà de l'ordre du Royaume et qu'il est de notre responsabilité de chrétien de rendre visible, par nos choix éthiques.

Engagements multiples
Réveil - Rencontre avec Raymond Dodré, Ouvrage collectif commenté par deux pères dominicains, une protestante de l'Ouest, Raymond Dodré, et le coordinateur, André Turcat, ancien pilote d'essai du Concorde ! © Editions LethielleuxDans ses choix d'aujourd'hui, il veille à se rendre utile sans gêner ses jeunes collègues en activité : vice-président de l'Entraide protestante, membre du CA de Jane Pannier (cf. encadré), radio chrétienne de Marseille Dialogue gérée par catholiques, orthodoxes, Eglise arménienne et Eglise unie... Il est actif dans Marseille Espérance, créé il y a 24 ans par le maire de l'époque, le professeur Vigouroux. C'est à la fois un lieu de dialogue interreligieux et une « cellule de crise » qui se réunit en cas de tensions. Il est actuellement le seul « religieux » membre de l'Académie de Marseille (cf. encadré). Et de nombreuses paroisses parfois éloignées savent qu'elles peuvent compter sur lui pour présider un culte.
Avec ses paroissiens, Raymond a visité Israël, l’Egypte, la Turquie, la Grèce, l’Italie, la Tchéquie, les Pays-Bas... Chaque année, il trouve encore quelques personnes pour s'envoler avec lui vers ses lieux de prédilection : alternativement Rome ou Prague. Mais il vous fera aussi volontiers visiter le vieux port de Marseille ! Le ministère de Raymond Dodré a commencé il y a cinquante ans, à Martigues. Il y débarque comme stagiaire le 1er octobre 1964, suite à une chaîne de circonstances qui l'ont détourné de son ferme projet initial : rester à Paris. Parti pour huit mois avec une petite valise, il n'a jamais pris son billet de retour ! En 1971, il rejoint Marseille-Grignan-Endoume qu'il n'a plus quittée. Dans les années 1980, président du Consistoire, il est l'un des acteurs du partage de l'Eglise de Marseille en quatre paroisses.

Tourné vers l'avenir
Ce qui frappe chez ce pasteur à la retraite, c'est son enthousiasme, sa fraîcheur et sa gaieté. Sa confiance sereine. Ce qui compte, c'est la conviction avec laquelle tu parles ! Lors de son « dernier » culte en 2002, il avait évoqué les vases d'argile si peu attendus pour porter un trésor, la grâce qui s'accommode si bien de nos fragilités, et cette parole de Jésus à propos de la femme au parfum précieux : elle a fait ce qu'elle a pu. Lui aussi, il a cru, et il a parlé... comme il a pu. En se formant et s'informant sans cesse, « la Bible dans une main, le journal dans l'autre » (Karl Barth).
Son désir ? Etre toujours et encore témoin du Royaume déjà là, maintenir la tension entre la joie de la louange et l'exigence de l'éthique. Sa prière ? « Donne-moi l'énergie et la force pour transmettre tout ce que je pourrai ». Amen !

© Réveil - Rencontre avec - octobre 2014