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Sylvie Queval : jusqu’au bout des choses !

[dimanche 30 novembre 2014 00:00]

par Anne HEIMERDINGER

Réveil - Rencontre avec Sylvie Queval © FullSylvie aime faire le tour de la question. Son regard bleu profond ne perd pas une miette quand vous l’abordez, puis son sourire vous invite plus franchement à l’aborder. Professeur de philosophie à la retraite, membre du Conseil régional, prédicateur laïque, et désormais rédactrice de la revue « Evangile et Liberté », elle est aussi maman et grand maman de deux petits enfants… Un temps plein donc, qu’elle assume avec conviction.

Elle n’est pas tout à fait du coin, n’a pas hérité de l’accent qui chante sous le soleil écrasant, mais quand elle parle, elle vous emmène loin… Du côté de Paris d’abord, où elle poursuit de front des études de philosophie et de théologie ; nous sommes alors en 1967. Avec deux jeunes scandinaves, elle est la troisième jeune fille assise sur les bancs de la faculté de théologie, boulevard Arago, à Paris. Mais en maîtrise, la voici au bord de la crise de foi. En 1970, elle plie ses affaires, n’emporte que la Bhagavad gîta et la bible, pour s’envoler vers l’Inde. Un séjour de quatre mois qui très vite la rend mal à l’aise. L’ashram de Gandhi est loin de ce qu’elle imaginait : on y pratique le culte de l’homme. Une anecdote provoque chez elle un électrochoc. Alors à Bombay, un ami indien qui l’accompagne, se plaint de maux de tête. Elle lui propose une aspirine qu’il refuse aussitôt, car c’est son karma, s’excuse-t-il. Sylvie ne supporte pas cette mentalité fataliste qui justifie jusqu’à l’extrême misère de la population. Elle se souvient alors que dans son sac à dos, elle a emporté sa bible. Elle s’y replonge avidement et retrouve la saveur des mots, le goût de sa foi.

Un travail engagé
C’est décidé, elle rentre. A son retour, elle passe ses concours et est engagée comme professeur de philosophie dans un lycée à Lille. Ses élèves commenteront ainsi sa manière d’enseigner : « Madame, quand vous faites cours, on dirait que vous prêchez ! ». De son côté, elle reste interloquée de croiser des étudiants sans bagage culturel. A Roubaix, c’est une paroissienne active et engagée : elle accompagne les enfants de l’école du dimanche. Elle croisera les pasteurs Clavairoly et Frédéric Fournier, un homme dont l’humanité la marquera particulièrement. Elle devient prédicateur laïque. Si vous lui demandez ce qui lui tient le plus à cœur de partager avec les gens rencontrés sur son chemin, elle vous répond : l’idée d’un Dieu qui ne dit pas aux hommes de subir ce qu’ils vivent, ni ne les laisse mourir, mais celle d’un Dieu qui s’investit pour l’homme, qui le relève et lui dit : allez, confiance, mets-toi en route, lève-toi !
Sur un plan plus personnel, elle poursuit ses recherches et épluche les questions qui tournent autour de la foi ; elle découvre avec curiosité et intérêt les théologiens de la mort de Dieu : Bultmann, Vahanian… Elle étudie aussi les Upanishad, ces textes philosophiques qui forment la base théorique de la religion hindoue. Parallèlement à ses engagements, elle rédige une thèse sur Platon. Puis, l’IUFM de Lille l’engage dans le secteur spécialisé du handicap où elle axe ses recherches sur la pédagogie. Elle obtiendra une place de professeur de philosophie de l’éducation à la Faculté de Lille III.

Repère

Evangile et Liberté
*Evangile et liberté, fondé en 1886, est le mensuel francophone du Protestantisme libéral. Chaque mois, il propose des textes de réflexion et de spiritualité. Ses pages interrogent la foi. *2482 abonnés à la formule papier depuis la fusion avec le journal libéral suisse
*Un site internet rénové au mois de juin : www.evangile-et-liberte.net avec des nouvelles des cercles locaux, des cercles de lectures, un fil tweeter, des liens s’ouvrant sur les conférences des journées nationales, un blog où vous pouvez poser vos questions, une invitation à vous abonner en ligne ou en version papier.

Le temps de se poser
Quand sonne l’heure de la retraite, elle se rapproche de ses filles et ‘descend dans le sud’, à Narbonne. Une nouvelle tranche de vie commence ponctuée par des étapes douloureuses de séparation et de deuil. Elle n’en demeure pas moins engagée. Sylvie rencontre le pasteur Michel Jas qui l’accueille fraternellement ; elle est aussi invitée à faire partie du Conseil régional. Mais, ce n’est pas tout, elle a trouvé sa famille spirituelle et prend part depuis quelque temps au conseil d’administration de la revue du mouvement libéral : Evangile et Liberté. Elle y croise de fortes personnalités qui l’impressionnent mais qui l’accueillent simplement, là aussi fraternellement. Petit à petit, elle apporte elle aussi sa touche personnelle en écrivant quelques lignes dans les pages de la revue.

Un nouveau départ
Alors, lorsque Laurent Gagnebin et Raphaël Picon après avoir porté la revue durant dix années, souhaitent passer la main, ils s’adressent simplement à Sylvie. « Tu ne voudrais pas devenir rédactrice de la revue ? » Un an de réflexion plus tard, elle répond : « c’est d’accord ! » Une autre aventure démarre, un défi même, mené aux côtés de Guylène Dubois. « Car, les successeurs sont toujours pris entre deux écueils. Le premier serait de ne se vouloir qu’imitateurs-continuateurs et de produire une copie forcément médiocre du travail de leurs prédécesseurs. Le second serait de se vouloir des innovateurs en rupture avec l’héritage reçu qu’ils finiraient par trahir. Un difficile chemin est à tracer entre ces deux périls », écrit-elle. Son cheval de bataille reste le même ; comment parler aujourd’hui du noyau évangélique, le rendre compréhensible par des gens pour la plupart a-cultivés bibliquement ? Dans son premier numéro d’Evangile et Liberté sorti début du mois d’octobre, une sorte d’intronisation dit-elle le sourire aux lèvres, il est justement question de la démarche interreligieuse, un effort de rencontre et de découverte de l’autre à redéployer pour lutter contre le climat d’intolérance et d’agressivité sensible dans la société vis-à-vis des religions.
Nous n’aurions pas fait le tour complet des engagements de Sylvie si nous n’évoquions pas aussi l’organisation des journées nationales du mois d’octobre à la Grande Motte. Cette année, le thème a pris la température des remous du monde et interrogé les liens entre « violence et religion ». Très applaudie durant l’Assemblée générale du mensuel, elle est en tout cas entrée dans sa nouvelle mission encouragée par l’amitié et la confiance de ses prédécesseurs.

© Réveil - Rencontre avec - décembre 2014