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[jeudi 4 décembre 2008 00:00]

Rencontre avec Fanny Dombre Coste :
engagée et militante

par Serge RASPAUD

Fanny Dombre Coste

« Parlez-moi de vous et de vos engagements ! » Fanny répond en évoquant son père et sa mère. Paul Dombre, pasteur dans le Nord à Arras où à la libération il va sauver le village de Wanquetin de représailles sanglantes, puis au Havre, à Nîmes et enfin en région parisienne. Il sera le président national de la Croix bleue, participe à la création de l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT) avec Théodore Monod, Edith du Tertre, Hélène Engel et d’autres.
Il est lui-même fils du pasteur Charles Dombre poète et auteur de nombreux cantiques dont « Confie à Dieu ta route ».
La mère de Fanny, Jeannie Weiss (cousine de Louise Weiss), est une femme engagée. Féministe avant l’heure, elle participe au mouvement des jeunes femmes après la guerre. Elle transmet à Fanny des valeurs telles que « être fière d’être une femme » et sa capacité d’indignation et de mobilisation.

Le choix de l’engagement
« J’ai eu la chance de vivre une enfance au sein d’une famille nombreuse, engagée, riche de valeurs humaines et tout naturellement, j’en suis imprégnée ».
Après des études de droit à Montpellier, Fanny décide de se consacrer à sa passion, la photo ; et après quelques années de formation à l’école des Gobelins à Paris, elle s’installe comme photographe à Montpellier en mai 1981 dans le quartier Boutonnet.
Elle s’intéresse à la vie du faubourg et monte une association pour animer le quartier, réfléchir à l’évolution d’un faubourg dans une ville en pleine expansion.
Elle adhère au parti socialiste en 1998 puis est élue une première fois en 2001 sur la liste municipale de Georges Frêche. Fanny est avant tout une élue de terrain ; guidée par son « goût des autres » elle a choisi d’agir dans la proximité. Elle sera tout d’abord conseillère puis adjointe de quartier, ainsi qu’aux relations avec l’Allemagne et au jumelage avec Heidelberg.
Elue une deuxième fois en 2008 aux côtés d’Hélène Mandroux, elle est à nouveau adjointe, déléguée à la vie associative et sur le territoire des faubourgs. Elle est également présidente de l’office de tourisme de Montpellier.

La stèle
Chaque place de Montpellier évoque l’histoire des protestants, une anecdote relativement récente témoigne de la difficulté de vivre sa foi protestante à une époque qui a marqué notre histoire.
En 1948, rue du Pila St-Gély, en réparant son four, un boulanger voit jaillir hors du mur une cascade de livres, cachés en 1685 par le Sieur Rouquette, avec les lunettes encore dans la Bible, depuis 163 ans ! Les murs de Montpellier suintent la Réforme…
Pendant un siècle, de 1685 à 1787, les protestants n’ont pas d’existence légale en France et tout homme qui aura prêché sera puni de mort. C’est ainsi qu’à Montpellier, 35 pasteurs et prédicants seront exécutés entre 1690 et 1754.
L’idée d’ériger une stèle en hommage aux pasteurs martyrs a été évoquée en 2003 puis reprise et menée à son terme par Fanny ; l’inauguration a eu lieu le 20 février 2008 à proximité des lieux où se trouvait l’échafaud aux XVIIe et XVIIIe siècles. Fanny tenait beaucoup à ce projet qui rend hommage à ceux qui ont, parmi d’autres, été à la source de l’article 10 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi ».

La radio protestante
Malgré toutes ses activités, Fanny a accepté la présidence de la radio protestante FM+. Pourquoi ? « L’exigence des valeurs reformées doit pouvoir s’exprimer par la parole ; la radio est un moyen de communication qui permet d’atteindre un grand nombre d’auditeurs ». Elle explique que l’antenne est également ouverte à un grand nombre d’associations de tous horizons (Cimade, confédération paysanne…). Les associations ont besoin de relais pour faire entendre leur voix. Une équipe très motivée, dont le directeur d’antenne, le pasteur Rédouane Es Sbanti, s’emploie à la rendre attractive . « La radio FM + comme toutes les radios associatives a besoin d’être soutenue en ce temps de réorganisation du paysage radiophonique et du passage obligé à la technologie numérique. Il y a un risque de voir certaines radios associatives disparaître dans les années à venir faute de soutien et de financement public. Nous avons un devoir de vigilance, toujours cette capacité d’indignation qui seule peut susciter la mobilisation ».

La photographie
Fanny, passionnée de photo, est intarissable sur le sujet. En 1999, elle crée avec une petite équipe de passionnés le festival de photos : « Les Boutographies ». Un vernissage itinérant, des tables rondes, des rencontres avec les photographes, des lectures de Portfolio et des soirées de projection concourent à impliquer un public diversifié. Les lieux qui accueilleront les expositions cette année seront : le Pavillon populaire, le musée Fabre, la galerie « A la Barak », l’espace Transit et la Maison des relations internationales.

Soutien familial
La cellule familiale est la pierre angulaire nécessaire à l’ouverture aux autres. Fanny insiste beaucoup sur le soutien qu’elle reçoit de son mari, de ses enfants et de son entourage. Il est plus facile de donner lorsqu’on reçoit beaucoup. « Croire à ce que l’on fait pour y puiser le dynamisme de l’action » dit-elle.
Souhaitons à Fanny de continuer à apporter autour d’elle son enthousiasme et son humanisme dans ses activités. Qu’elles soient laïques ou spirituelles, elles sont avant tout humaines.

Repères

Dire notre foi sans prosélytisme.
Faire découvrir la Bible et nos racines culturelles.
Etablir une communication entre les Cévennes protestantes et les villes de notre région.

Les rencontres photographiques de Montpellier sont issues du quartier Boutonnet. Appelé aussi Boutographies ce festival se veut être un tremplin pour les jeunes talents de la photographie contemporaine. Partenaires de grandes manifestations photographiques françaises et étrangères (Mois Off de Paris, Voies Off en Arles, Fotoleggendo à Rome, Mois de la photo de Cracovie) cela se traduit par des collaborations et des programmations croisées.
Site : www.boutographies.com




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