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Quand Dieu parle (5) Moïse et la parole de feu

[mardi 31 décembre 2013 17:25]

par Arnaud VAN DEN WIELE

Dieu dit à Moïse : « Je suis celui qui suis ». Et il ajouta : « C'est ainsi que tu répondras aux enfants d'Israël : Celui qui s'appelle "je suis" m'a envoyé vers vous ! »Exode 3.14

Avouons-le, parfois la confiance en Dieu ne fait pas long feu devant les ennuis du quotidien. Quand tout part en fumée, c’est notre identité qui se consume de l’intérieur. Alors… « Dieu » dans tout ça ?

Nous aurions préféré que Dieu se manifeste dans un grand feu d’artifice embrasant le ciel de mille couleurs dans une pétarade de tous les dieux. Mais non. Dieu se révèle à Moïse dans un feu follet blotti dans une broussaille désertique, au milieu de nulle part, « par-delà le désert ». En fait, Dieu rencontre l’universel en rencontrant l’individuel.
Sur cette montagne où sera donnée la Loi, Dieu parle à un homme dont la vie est en friche. Moïse n’y voit que du feu mais pourtant sa vie prend un sens nouveau : le puzzle révèle un dessein. Tout est réuni pour que Moïse soit appelé à accomplir une mission impossible : témoigner de Dieu au cœur de la tyrannie humaine.

Un homme tout en facettes
Moïse né hébreu, élevé égyptien. Moïse né esclave, élevé aristocrate. Moïse honni de la cour d’Egypte, recueilli dans le désert de Madian. Moïse en exil depuis quarante ans, Moïse le berger d’Israël. Dieu fait feu de tout bois pour accomplir sa volonté : Moïse le prince déchu, Moïse le justicier meurtrier, Moïse le berger oublié est l’homme de la situation. Rompu au désert depuis quarante ans, il saura guider le peuple de Dieu vers sa terre. De rang princier depuis toujours, il saura se tenir devant Pharaon pour lui parler. Hébreu de naissance, il saura rallier son peuple sous la parole du Dieu Créateur.

Embrasé par une parole
Cette parole que Dieu lui adresse en premier n’a pas pour but de le persuader mais de l’aider à devenir qui il est déjà : le porte-flamme d’un olympisme à jamais nouveau, celui de la délivrance par la seule parole de Dieu. Moïse, porte-parole de Dieu, voilà tel qu’il est appelé à se comprendre.
Moïse n’est pas du genre tout feu tout flamme. Il se méfie. Il ne joue pas avec le feu. Au contraire, il se soumet au feu de la parole de Dieu en y opposant des arguments raisonnés et lucides. Sans s’en apercevoir, Moïse alimente le feu : ces questions appellent des réponses, la confiance consume ses doutes, et c’est lui qui est dévoré par la parole de Dieu. C’est lui qui devient le buisson flamboyant qui va, en embrassant sa vocation, embraser l’histoire d’Israël.
Chaque objection de l’homme le met plus à nu et devient l’occasion pour Dieu de promettre à son serviteur, un raté, ce dont il a besoin : un message signé du nom même de Dieu ; la capacité à donner des signes ; une présence intelligente ; une voix en la personne d’Aaron. Autant dire que Moïse est bardé de la grâce prévenante de celui qui se nomme « Je serai qui je serai ».

Pas de succès, sans feu
Dieu allume des feux sur notre route. Ils attirent notre attention, mais souvent nous passons notre chemin. Au lieu de tourner autour de la question qu’un feu soulève, nous nous trouvons des pare-feux. Rouge, jaune ou vert, un feu marque un carrefour où certes nous pouvons aller tout droit, mais aussi ralentir, nous arrêter, et oser prendre cet autre chemin que l’on croise sur Parole.
La saga de Moïse ne nous parle pas tant d’une destinée que d’une destination : l’Egypte et son pharaon où Israël demeure captif. C’est elle qui exige un Moïse dont le parcours le prédestinait à cela. Dieu n’a pas prédestiné Moïse à cette mission : Dieu discerne, Dieu élit celui ou celle dont il a besoin pour accomplir sa volonté ici et maintenant. C’est ça le « bon plaisir » que prend le Créateur : ne plus agir – depuis le Déluge – de manière unilatérale. Au contraire, il nous parle pour éteindre nos peurs et éclairer nos solitudes.
Il n’y a pas de succès sans feu, Parole de Dieu !

© Réveil - Lire la Bible - janvier 2014