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Quand Dieu parle (6) La paix donnée... A partager

[vendredi 31 janvier 2014 11:09]

par Anne HEIMERDINGER

« … Car tous ceux qui sont conduits par l’Esprit de Dieu sont fils de Dieu. » Romains 8.14

« Heureux les artisans de paix, parce qu’ils seront appelés fils de Dieu » (Matthieu 5.9). La 7e béatitude, trouvée en Matthieu, porte en elle une bonne nouvelle et une promesse à découvrir. Elle dépasse l’idéal humain, déborde l’injonction comportementale.

La paix ne manque pas d’initiatives : une journée mondiale, des conférences, des chartes et des accords, des commémorations, des militants, des soldats, et ses grands représentants politiques... La paix a son business et son prix Nobel. Mais de quelle paix parle-t-on ? La paix dont il est question dans la 7e béatitude évoque-t-elle les mêmes tenants et aboutissants ? Cette béatitude se situe à un croisement. Son évocateur est pour les chrétiens celui-là même qui leur procure la paix. Il s’adresse à ceux qui cherchent et « font la paix ». Le meilleur leur est réservé : le bonheur d’être reconnus et appelés « fils de Dieu ».
Si nous nous rappelons bien, le seul homme reconnu et présenté comme « le Fils bien-aimé » de Dieu dans l’Evangile, c’est Jésus. Qui suis-je pour participer de cette filiation ? Son engagement est total jusqu’à affronter la mort, seul… Le mode d’emploi est clair mais va à l’encontre de mes aspirations personnelles, de mes habitudes… il ne met pas en avant le chacun pour soi, ni un ego surdimensionné ; il n’est pas écrit non plus avec les lettres d’une liberté personnelle qui envisagerait la cohabitation avec les autres à travers les critères du pouvoir et du profit.

Tensions
Le prophète Esaïe déclare : « Ils ne connaissent pas le chemin de la paix, et il n’y a point de justice dans leurs voies ; ils prennent des sentiers détournés : quiconque y marche ne connaît point la paix » (Esaïe 59.8). De qui s’agit-il ? Des hommes, bien sûr. Les moyens engagés pour faire la paix racontent quel projet sous-tend « l’effort de paix » engagé. D’un côté, l’apaisement des conflits, la cohésion et la paix sociale sont imposés et garantis par l’usage des tasers et des armes de dissuasion, des lois, des interdits et couvre-feux, de l’exclusion. De l’autre côté, l’effort de paix débute dans son propre camp… au fond de soi, à travers un désarmement intérieur, amorcé par une rencontre. S’opère une transformation qui décentre le guerrier, le vengeur (nous) de sa cible (l’autre). L’individu en paix avec lui-même laisse tomber les armes. L’autre n’est plus une menace, le prétexte de ses peurs.

L’artisan de paix
L’artisan de paix dans la bouche de Jésus n’est pas non plus tout à fait l’homme du slogan « peace and love » (« tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil »). Il n’est pas dupe. Vivre au contact des autres est d’abord une histoire de frottement, d’apprivoisement, puis de reconnaissance, un peu comme avec Dieu… La paix débute réellement quand on sait où situer l’autre, quand on l’accepte, quand cet autre est devenu le vis-à-vis, le partenaire d’un espace commun. L’artisan de paix dont il est question dans la béatitude a trouvé sa source, extérieure à lui, sa force, sa réconciliation. Transformé, il s’accepte tel qu’il est, ne traîne plus de culpabilité, de faux-semblants et se sent vivant prêt à partager non plus une passe d’arme, mais ce qui lui est donné, une trace de la grâce : la paix. Celle-ci affleure et abonde quand elle n’est pas objet de possession ; elle grandit, se consolide en se partageant.
Encore faut-il qu’il ne se coupe pas de la source. David a écrit : « Il y a beaucoup de paix pour ceux qui aiment ta loi… » (Psaume 119.165).

© Réveil - Lire la Bible - février 2014