Imprimer

Les clés du Royaume (2) Le bon grain et l’ivraie

[mercredi 1 octobre 2014 00:00]

par Jean-Marie DELCOURT

« Veux-tu que nous allions arracher l'ivraie ?
Non dit l'homme, de peur qu'en l'arrachant, vous ne déraciniez en meme temps le blé ».
Matthieu 13.29

Plus je lis et médite les Évangiles, plus je constate le réalisme et le bon sens du Christ. Ils sont truffés de conseils, de paraboles, de proverbes, fruits d'une sagesse remarquable. Ainsi sur l'amour et la rencontre, nul mieux que le Christ n'en a parlé. «Il savait ce qu'il y a dans le cœur de l'homme», Jean 2,25.

Ainsi, en est-il de la parabole sur le bon grain et l'ivraie, en Matthieu 13. 24-30. De fait, la parabole suppose une grande connaissance du travail de la terre. Quiconque a fait un peu de jardinage sait très bien qu'il ne faut pas arracher les mauvaises herbes avant que les bons semis aient poussé suffisamment. Sinon « vous risquez », dit Jésus, « d'arracher le bon grain avec l'ivraie ».
Que veut-il dire à travers cette parabole ? Pour la comprendre, il faut la relier justement à d'autres textes sur la rencontre et les relations humaines.
Chaque fois qu'il traite des relations entre les hommes, le Christ parle d’accueil, de patience et de présence. Inutile de s’énerver pour un rien, pour un petit détail. Le temps arrange bien souvent les choses. Pourquoi toujours vouloir avoir raison ? Ne trouvez-vous pas que notre orgueil est souvent mal placé ? « Il faut trancher tout de suite. Cela ne peut pas durer comme cela… ».

Etre conciliant
Le Christ dit le contraire : « Soyez conciliant, attendez pour voir si la tempête ne va pas s'apaiser d'elle-même. Pourquoi toujours vouloir intervenir de façon intempestive ? »
Une autre phrase du Christ, trouvée en Matthieu 7.1 dit un peu la même chose : « Ne jugez pas afin de ne pas être jugé ». Lui-même pouvait rencontrer les pécheurs parce qu'il ne les jugeait pas.
En fin psychologue, il sait bien que les jugements catégoriques portés les uns sur les autres sont la cause de beaucoup de conflits. Nous collons souvent sur nos partenaires des étiquettes, nous voyons plus vite chez l'autre ses défauts que ses qualités. Notre façon de juger est fort rapide et superficielle quand elle n'est pas déformante : nous grossissons les défauts des autres et nous oublions de nous regarder nous-mêmes.
C'est un principe que l'on peut appliquer aussi au dialogue interreligieux : ne faut-il pas rechercher d'abord ce qui nous unit plutôt que ce qui nous divise...
L'amour vrai voit d’abord les qualités chez l’autre avant de regarder les déficiences ; il sait humblement, à l'occasion, reconnaître que la raison n'est pas toujours du côté du plus fort ou autrement dit, auprès de celui qui est sûr de sa vérité.

Respect et amour
Comprendre et vivre un peu mieux ce principe permettrait de gagner en harmonie entre des générations déchirées et au sein des couples qui ont du mal à s'entendre. Certes, ce n'est pas facile, tous les jours ; pourtant, si on aime vraiment, l'autre est accepté tel qu'il est, avec ses défauts et ses qualités.
La parabole nous montre clairement que Jésus ne préconise pas une communauté de purs, de parfaits. Il condamne toute chasse aux sorcières. Le semeur a semé. Le bon grain pousse et pousse aussi l'ivraie. C'est la loi de la vie et chacun d'entre nous porte en lui une part de bon grain et une part d'ivraie.
Jésus nous demande d'être patient et comme lui, attentif à ce qu'il y a de positif dans le monde, dans les autres et en nous. Il est venu planter dans le monde les graines du Royaume du respect et de l’amour, et ces graines ont bien besoin de pousser parmi nous.

© Réveil - Lire la Bible - octobre 2014