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Le droit de blasphémer

[samedi 31 janvier 2015 12:53]

par Christophe COUSINIE

Réveil - Lire la Bible  - n°470

« Mourir pour des idées, d’accord, mais de mort lente ». Brassens chante ce qui aurait dû être le cas pour les dessinateurs de Charlie Hebdo, mais leur mort a été brutale. Morts pour leurs idées, morts pour que nos idées puissent se dire, morts au front du combat pour la liberté d’expression contre l’obscurantisme.

Morts pour une idée, mais quelle belle idée que celle de la liberté. Belle même si pour certains cette idée prend les traits du blasphème. Le blasphème selon sa définition du dictionnaire, est une parole ou un discours qui insulte violemment la divinité.
Le dessin devient parole mais non pas pour insulter le divin mais pour dénoncer l’usurpation du nom du divin, pour démasquer l’action des hommes qui se pensent à la place de Dieu.
Le dessin venait ici remettre Dieu à sa juste place en remettant l’action fanatique de certains hommes à leur juste place. Les dessinateurs n’étaient pas dans le blasphème car ce n’est pas le divin qui était insulté, ils étaient dans la justice car c’est l’humanité qui était insultée par les fanatiques sanguinaires.
Le blasphème, comme le dit le philosophe Pierre Bayle, « n’est scandaleux qu’aux yeux de celui qui vénère la réalité blasphémée ».
Ainsi donc il ne peut y avoir que des croyants qui blasphèment ! Quand on est athée et qu’on critique publiquement la divinité on est dans le cadre de la liberté d’expression !

Amalgame
A la suite de la marche historique du 11 janvier, on pouvait entendre parler du « droit au blasphème ».
Demandant aux religions d’affirmer que chacun avait le droit de ne pas croire et de le dire.
Quel amalgame ! Comme si parce que quelques déshumanisés criant le nom de Dieu, toutes les religions interdisaient la parole libre. Comme si toutes les religions avaient comme principe la parole non libre !
Mais pire que cela, en demandant le « droit au blasphème » on en vient à faire de la libre expression une liberté soumise aux religieux.
Pas besoin de droit au blasphème puisqu’il n’y a pas de blasphème. Il n’y a pas de blasphème puisqu’il y a liberté d’expression.
Si derrière cette demande il y a le désir d’avoir des religions ouvertes, capables d’accepter les critiques et l’humour, alors ne les stigmatisons pas et écoutons les.

Dans l’Evangile
Jésus est mort parce qu’il était blasphémateur « Vous avez entendu le blasphème. Qu'en pensez-vous ? Tous le condamnèrent, le déclarant passible de mort » (Marc 14.64), mais ce sont justement les fanatiques religieux qui l’ont accusé. Jésus lui n’a pas condamné les blasphèmes : « tout blasphème sera pardonné aux humains, mais le blasphème contre l'Esprit ne sera pas pardonné » (Matthieu 12.31).
Seul le blasphème contre l’Esprit est condamnable tout comme aujourd’hui est condamnable toute attaque contre des esprits libres qui veulent « l’élèvement » de l’humain dans les valeurs qui l’humanisent contre celles qui le déshumanisent.
Le droit au blasphème risque de tuer la liberté d’expression si on réduit les religions à l’obscurantisme et la critique à la lumière. Dès qu’on fait des absolus on crée le blasphème, on crée des fanatiques. Alors de grâce, luttons pour les esprits libres et les libres d’esprit, ceux qui croient comme ceux que ne croit pas. Ensemble réinventons le vivre Ensemble et la communauté humaine qui prie ou ne prie pas.

© Réveil - Lire la Bible - février 2015